La casque-à-pointe-partie de Super Résistant

Cela ne finira donc jamais ? Me voilà encore en train de galoper à toutes bourres vers le vallon des Gaumates afin de planquer mon joli petit derche et tout ce qu’il y a autour. Car il n’est pas cinq plombes du mat et voici déjà qu’on nous balance la purée en forme d’obus méchamment calibrés. Et tu sais quoi, c’est les Américains qui nous bombardent ! Oui m’ssieur, ces mecs-là nous crachent du feu sur la gueule nuit et jour, et quand ils vont débarquer ici, on les en remerciera et on leur roulera la galoche estivale, celle qui fait pâmer les filles et retrousser les robes ?

Je me présente, moi c’est Louis, Loulou pour les intimes. Monégasque de sang pour cent pur jus, dont la seule tare est d’être né à Nice. J’habite non loin du tout nouveau Jardin Exotique, la frontière fleurit de Monaco, et je suis présentement en train de courir jusqu’au vallon des gaumates pour aller m’abriter biscotte sinon, je sens que je vais me prendre un obus de 16 sur le coin de la cafetière, et ça pourrait faire mal, très mal. D’ailleurs, Jardin Exotique/Vallon des Gaumates, ça fait quand même une sacrée trotte, et là, je suis assez à la bourre. L’alerte a été donnée alors que j’étais sur les gogues en train de me couler un bronze de fort belle facture. Le retard fut donc conséquent (je n’allais pas me mettre à courir la merde au bord du cul, c’est fort peu seyant) et là je cavale alors que les bombes tombent. Comme ce sont les positions Schleuses du port et du Mont Agel qui sont visées, je n’ai pas trop de soucis à me faire. Mais bon, il y a toujours des balles perdues, d’où mon empressement. D’ailleurs, mon sixième sens m’intime l’idée d’accélérer encore plus. J’ai la gorge sèche, la bouche en feu, les jambes flasques, les dents qui branlent et le cul qui gratte (je me suis essuyé en vitesse tout à l’heure).
Et pourquoi qu’il m’intime de me presser mon cher sixième sens ? C’est biscotte un oiseau de métal ricain a lâché ses crottes explosives un peu de traviole et deux se dirigent droit sur ma pomme… Ça va faire mal, ça va faire maaaaaaaaaal…

BOOUUMMM !

Le chaos qui s’en suivit est assez indescriptible. Un obus a éclaté à une vingtaine de mètres de moi. Choc sourd et violent, puis je me suis fait projeter dans les airs. Ma chute ne sera pas amortie par un buisson d’aubépine, encore moins par un arbre quelconque… Non en fait, je termine le dos contre une Ford grand siècle de couleur noire. J’ai cru entendre quelques craquements d’os, mais bon gré mal gré, je me porte plutôt pâle, mais entier. Je me lève. Ah, ouh… Ça fait mal… Oh oui, ça fait mal…
Trois pas, et je retourne voir Sainte Mère la terre… Merci la gravité… Ça tourne, ça tourne… J’entends qu’on s’affaire autour de moi, je perçois aussi que ça bombarde toujours. Puis plus rien, le vide, le néant…

*
**

Cling cling, bloung, bang, aïe, cling gling …
Me voilà dans une caisse. Une grosse caisse à champagne où je me cogne, quand ce ne sont pas les bouteilles de mousseux qui viennent heurter de leur plein gré mon dos encore endolori quinze jours après ce funeste épisode. Une caisse parmi tant d’autres dans un camion bourré à craquer de mets et de vivres en partance pour le palais, afin d’engraisser toute la jet set teutonne qui y donne un banquet en l’honneur de la fureur de je sais pas trop quoi. Ils sont quand même couillus les Allemands, nous sommes début septembre, les Ricains sont annoncés en arrivance par ici chaque jour un peu plus, et eux ils nous la font karaoké façon je-chante-avec-une-patate-dans-la-bouche…
Et quoique je fesse dans cette caisse en bois… Je joue la concurrence avec le mime Marceau pour savoir qui est le plus doué pour jouer « la bouteille qu’on débouche ! » Non, en fait, je suis planqué là biscotte on a décidé de jouer un petit tour aux Schleus, à ma façon.
Le principe il est simple. Des potes m’ont aidé à planquer diverses choses dans les caisses de vivres servant à alimenter la sauterie casquàpointiste. Parmi ces choses, il y a bien sûr ma pomme. Une fois introduit dans la place, j’aurai une plombe pour glisser jusqu’à la salle de restaurant du palais, planquer bien sagement mon petit bijou dans un endroit adéquat, puis planquer mes fesses dans un endroit confortable. Et une fois la fête battant son plein… BOUM !
Pourquoi je fais tout cela ?
Parce qu’il y a quinze jours pendant que j’étais en train de faire des bulles contre une Ford intérieure grand siècle avec le dos éclaté et une oreille en bouillie, la Gestapo a fait un saut dans les abris sous le Rocher. Ils ont attrapé quelques gus au passage, prétextant que c’était des résistants parce que s’ils étaient planqués si tôt, c’est qu’ils savaient que les Américains allaient attaquer… Sauf que les Ricains attaquent depuis un moment dès l’aube et que certains sont prévoyants : ils dorment sur place ! Mais faut pas demander à un Allemand d’être plus intelligent que la bière qu’il boit. C’est le coup classique en somme, sauf que cette fois-ci parmi les « victimes » du coup de filet intempestif, il y a ma tante et mon oncle, et quand on touche à la famille, Loulou devient tout vert, gros, balaise et musclé, et va frapper fort.
Ah, le camion ralentit, puis freine. Dehors, ça palabre, ça cause, ça discute, ça parle, ça chicane, ça devise, ça discoure, ça conférence, ça circonférence, ça quadratureducercle, ça bat, ça débat, ça négocie, ça sciesauteuse, ça sautemoutonne, ça traite, ça marchande, en français, mais aussi un peu en deutsche.
Ma caisse bouge, on me transporte, et on me pose sans discernement. Quelques instants plus tard, quelqu’un vient taper trois coups sur ma caisse. Trois coups quasi théâtraux que je qualifierai de réglementaires. Comme prévu, j’attends deux minutes, puis grâce à un habile mécanisme, je sors de ma cachette. Mon dos craque, couine, crisse, et se déplie. C’est douloureux, mais ça passera.
Je me retrouve dans une vaste pièce qui sert d’arrière-boutique à la cuisine princière. Attifé comme je suis, avec ma combinaison de factotum, je n’ai pas grand-chose à craindre tant que je ferais semblant d’être un simple manutentionnaire, avec le personnel qui tourne ici. Je zieute ma montre à gousset : six plombes un quart. J’ai une heure pour installer mon paquetage, alors je m’active du popotin, car le temps urge.

Dans la caisse pleine de barbajuans, je trouve des détonateurs. Dans celle renfermant les œufs, il y a mon sachet renfermant ma poudre spéciale de perlimpinpin. Près du lait, il y a mon combinateur à brouzouf extraconjugal, direction bipolaire, con-vexe, orientée vers la Mecque, pièce essentielle s’il en est à mon stratagème. Je récupère ça et là d’autres morceaux et j’apporte le tout en plusieurs voyages dans la salle de réception, pour l’instant déserte.
Je m’installe, et je commence, grâce à un doux objet que m’a ramené mon père de son périple en Suisse, à trifouiller la chose. Je démonte le déponentiel à cavité creuse, j’y balance ma poudre de perlimpinpin, je scelle le tout avec mon précieux combinateur, je raccorde tous les fils, moment crucial biscotte à la moindre fausse manœuvre, tout me pète à la tronche, je reboutonne ma combinaison, je sangle le tout et voilà qui est prêt. Maintenant, c’est là que ça devient franchement rigolo.
Le principe est simple, il faut que j’installe ma boite à malice au plafond, afin que la déflagration touche le plus de monde possible. Et comment aller jusqu’au plafond ?
Facile, il suffit de prendre une échelle, chose que je n’ai pas, où de s’aider du méga lustre qui pendouille et dont la fixation pourrait facilement supporter mon petit poids. Ayant prévu un joli cordage avec grappin, j’envoie ce dernier vers le point de fixation du lustre. Le grappin étant étudié pour, il devrait s’accrocher sans encombre… Oui, mais étant donné que je suis une quiche déjà qu’il s’agit d’utiliser mes mains pour lancer quelque chose, je rate ma cible et le grappin va s’écraser sur le lustre, dans un bruit de verre qui se casse un peu désagréable.
Ce raffut rameute deux majors d’hommes qui se précipitent sur moi. J’ai juste le temps de dégager mon grappin, dont ils s’inquiètent. Que je fesse là, pourquoi que suis je ici ? Regardant le lustre, je leur débine tout un baratin comme quoi c’est inacceptable de faire une choucroute partie teutonne dans une salle soi-disant princière avec un lustre cassé. Je leur cris mêmes dessus comme quoi si par malheur ils se rendent compte du désastre, la Gestapo risque de sévir et que pendant des générations ils vont devoir nettoyer les pompes des types que l’on a envoyés pied nu dans les camps de concentration. Tu sais quoi, j’ai honte de ce que je viens de déblatérer, et je me promets de me flageller pour cela une fois cette histoire terminée. Mais mon speech fait son office, et un des deux gars me ramène une échelle tellement grande qu’une fois en haut je suis sûr que je pourrais pisser sur la pointe de la Tour Eiffel.
Fort de cette opportunité, je les fais déguerpir et j’installe mon outillage un peu en retrait du lustre, afin que ce dernier ne gêne pas trop. En remerciement de l’échelle, je rajuste un peu le lampadaire pendouillant, et je vais rendre l’échelle à mes deux nouveaux meilleurs amis. Je passe récupérer mon sac que j’ai laissé tout à l’heure à côté de la caisse à champagne et prends congé des deux gus.
Je flâne un peu dans le palais, grimpe un étage, et planque mes petites fesses dans une salle située juste au-dessus de la salle des fêtes. Et là, j’attends…

*
**

L’église carillonne. Il est maintenant 20 h 10 pétantes, et j’attends toujours…
La fenêtre est grande ouverte. Comme une brise monte et que la fenêtre du dessous est elle aussi ouverte, j’entends tout de la conversation qui s’y passe à proximité.

« Ya zla va fairrrrr guinze jourrrrr maindenant qué zetteu grapuleu de zuber résisdant n’a pas montré le bout de zon piaf ! Ze zuis perzuadé qu’il a été pris dans les bombardements Américains. Comme quoi, les zalliés zont un peu les notres ! Hein ? Ahahahahahahahah ! (gros rire caverneux de méchant de cinéma)
— Mais ze né pas crois qué lé plou grave zoit suber résisdant. Dout compde fait, il n’a fait que détruire des chars, boussillé oune badderie andi aérienne, bloqué l’agzés du port avec oune zardine, endarté plusieurs militaires et déssiné une barbe dé commounisde sur les pordrait dou Führer ?
— Zacriléch !!!! On a foussiyé 12 hommes pour cela !
— Oui, mais zé pense qué lé plou gravvvvv est l’arrivé des Amérigain non ?
— Ya… Mais nein, quel dézhonneur d’êdre oumilié bar oune sale ounique type ! Il doit être mort, fétons zela ! »

J’attends encore, j’attends toujours… Et en dessous, ça picole…

« Non d’une Panzer Divizionnen ! J’ai abbris qué Nice zerai tombé dans l’abré midi…
— Ya, zé counfirrrrmeuh !
— Ah, z’esbére qu’il ne s’est bas fait trop bal ! Ahahahahahahahah ! » (gros rire caverneux de méchant de cinéma)

Ça picole, encore, toujours…

« Ich been hein berliner, ich been hein ya ya ya !
— Serre goutte maille jeune fraou, serre goutte ! »

Ah… Re re re carrillonage. Il est 22 h, l’heure de passer à l’acte !
J’ai eu largement le temps de m’équiper et de vêtir mon accoutrement de guerre, de solidement attacher la corde qui va me permettre de me pendre dans le vide, mais surtout d’ajuster mon masque désormais célèbre.
Une fois les dernières vérifications d’usage effectuées, je tourne la molette et branche le commutateur. Dans la pièce d’en dessous, un petit clic se fait entendre, puis une rotation façon hélice d’avion, accompagné d’une pssssssssssshit fort bruyant. Cela dure 5 secondes, 10 tout au plus. Les frau allemandes crient, suivis de leurs maris. Ça hurle en allemand en dessous, c’est rigolo, on dirait du Mozart, mais sans le côté symphonique. Puis un bruit de pétard retentit et la pièce s’emplit de fumée. C’est à ce moment que je m’élance dans le vide pour atterrir sur la fenêtre d’en dessous.
Ils ne m’ont pas encore vu. Ils sont tous en train de se dévisager et d’observer la feuille de papier qui tombe négligemment de mon matériel accroché au plafond, qui a parfaitement rendu son office. Un officier s’en empare, et le lit à haute voix

« Afin d’agrémenter votre gasque à poinde pardy, votre servideur, suber résidant ! Mais z’est ba bozible, il est morteu !
— Non, regardez à la fenédre, il est là !!!
— Non, guoi, pas zuber résisdant ! »

Ils se retournent tous vers moi, debout sur le rebord de fenêtre, les poings sur les hanches. Qu’est-ce qu’ils sont beaux ces dignitaires allemands, tous couverts de super glu et de plumes, comme à la bonne époque des westerns ! Ils s’affolent, car personne apparemment n’a d’arme. Afin de ne pas rester en carafe, je tonitrue cette phrase qui restera sûrement dans les anales

« Ah ah ! Messieurs dames, aujourd’hui je ne dirai qu’un mot : LIBERTEEEEEEEE !!!! »

Erreur de calcul, deux gus derrière ont des lugers, et s’en servent. Seule, issue, la fenêtre où je suis, qui donne dans le vide avec un peu plus loin, la Condamine. En toute simplicité, je me jette…

Les balles sifflent dans mon dos. Je saisis le parachute dans mon sac et l’ouvre en catastrophe… Ouf, il était temps, les toits n’étaient pas loin. Je me pose sur un toit et après m’être débarrassé du parachute, je prends la fuite, alors que ça me canarde depuis le Palais. Des sirènes retentissent un peu partout en Principauté, je crois que ça va chauffer pour mon matricule. Pas grave, j’aurai bien rigolé. Dommage que la caméra numérique n’a pas encore été inventée, c’est le genre de cascade qui aurai fait fureur sur le net !

*
**

Petite cause, grands effets…
Alors que toute la Gestapo de la côte était en train de (me) courir après Super Résistant sautant de toit en toit sur le quartier de la Condamine sous une pluie d’obus, mes acolytes faisaient discrètement évader les derniers prisonniers.
Mais encore plus fort, cette nuit du 2 septembre sera celle du climax du bombardement américain, les bombardiers furent pris d’une colique néphrétique et larguèrent tout, voire même un peu plus, avec des frappes chirurgicales à un pâté de maisons prêt. Et pendant que l’anti-aérianisme deutsche mangeait la choucroute, les hauts responsables militaires allemands ne purent organiser de riposte efficace, englués qu’ils étaient dans la super glue et les plumes. Ce bombardement fut sûrement décisif.

Au matin, les ricains arrivaient par le pont Wurtemberg…

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