Le moine et le samouraï

La semaine dernière, lors d’une session de formation, nous avons développé le principe d’être « centré », grâce à divers exercices, dont un se rapprochant de la méditation. Mais être centré, c’est quoi ?

Ne te focalise pas sur tes angoisses. Ta concentration doit s’appliquer à ce qui se passe ici et maintenant, là où est sa place – Obi-Wan Kenobi.

Pour faire simple, c’est quand on est à 110 % connecté à l’instant présent, quand on est « à fond dedans » ou que notre attention est à son paroxysme sur ce que l’on fait. David Laroche dans plusieurs de ses vidéos parle « d’état de flow », quand le fait d’être centré se conjugue avec différents paramètres de forme, de motivation ou d’énergie. Car se centrer permet de se connecter avec soi-même pour activer nombre de ressources internes utiles selon le contexte où nous nous trouvons, mais permet aussi de s’ouvrir vers l’extérieur, vers la Force, à chaque chose nous entoure. Ce lien entre notre intérieur et notre environnement accélère les échanges et retours d’informations, ouvrant les options et élargissant le spectre des possibilités.

Ne demeure pas dans le passé, ne rêve pas du futur, concentre ton esprit sur le moment présent. – Bouddha

Pour illustrer la puissance de cet état si important, voici une petite fable, l’histoire d’un moine et d’un samouraï. Bonne lecture :

Un jeune moine se rendait en ville, porteur d’un pli important à remettre en mains propres à son destinataire. Il arrive aux abords de la ville et, pour y pénétrer, doit traverser un pont. Sur ce pont se tenait un Samouraï expert dans l’art du sabre et qui, pour prouver sa force et son invincibilité, avait fait le vœu de provoquer en duel les 100 premiers hommes qui traverseraient ce pont. Il en avait déjà tué 99. Le petit moine était le centième. Le Samouraï lui lança donc un défi. Le moine le supplia de le laisser passer, car le pli qu’il portait était d’une grande importance.

« Je vous promets de revenir me battre avec vous une fois ma mission accomplie. »

Le Samouraï accepta, et le jeune moine alla porter sa lettre. Mais avant de retourner sur le pont, il se rendit chez son Maître pour lui faire ses adieux, certain qu’il était perdu.

 » Je dois aller me battre avec un grand Samouraï, lui dit-il, c’est un champion de sabre et moi je n’ai jamais touché une arme de ma vie. Je vais donc être tué… »

« En effet, lui répondit son Maître, tu vas mourir, car il n’y a pour toi aucune chance de victoire, tu n’as donc plus besoin d’avoir peur de la mort. Mais je vais t’enseigner la meilleure façon de mourir : tu brandiras ton sabre au-dessus de ta tête, les yeux fermés, et tu attendras. Lorsque tu sentiras un froid sur le sommet de ton crâne, ce sera la mort. À ce moment seulement, tu abattras les bras. C’est tout… »

Le petit moine salua son Maître et se dirigea vers le pont où l’attendait le Samouraï. Ce dernier le remercia d’avoir tenu parole et le pria de se mettre en garde. Le duel commença. Le moine fit ce que son Maître lui avait recommandé. Tenant son sabre à deux mains, il le leva au-dessus de sa tête et attendit sans bouger. Cette attitude surprit le Samouraï, car la posture qu’avait prise son adversaire ne reflétait ni la peur ni la crainte. Méfiant, il avança prudemment. Impassible, le petit moine était concentré uniquement sur le sommet de son crâne.

Le Samouraï se dit : « Cet homme est sûrement très fort, il a eu le courage de revenir se battre avec moi, ce n’est certainement pas un amateur. »

Le moine toujours absorbé ne prêtait aucune attention aux mouvements de va-et-vient de son adversaire. Ce dernier commença à avoir peur : « C’est sans aucun doute un très grand guerrier, pensa-t-il, seuls les maîtres de sabre prennent dès le début d’un combat une position d’attaque. Et en plus, lui, il ferme les yeux. »

Et le jeune moine attendait toujours le moment où il ressentirait ce fameux froid au sommet de sa tête. Pendant ce temps le Samouraï était complètement désemparé, il n’osait plus attaquer, certain au moindre geste de sa part d’être coupé en deux. Et le jeune moine avait complètement oublié le Samouraï, attentif uniquement à bien appliquer les conseils de son Maître, à mourir dignement.

Ce furent les cris et les pleurs du Samouraï qui le ramenèrent à la réalité : « Ne me tuez pas, ayez pitié de moi, je croyais être le roi du sabre, mais je n’avais jamais rencontré un Maître tel que vous. S’il vous plaît, s’il vous plaît, acceptez-moi comme disciple, enseignez-moi vraiment la Voie du sabre… »

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