Viva Santa Devota !

embrasement-barque-ste-devote_900x900 Aujourd’hui mon cher lecteur, est dans mon pays un jour que l’on pourrait qualifier de férié. Oui, c’est vrai, je suis actuellement chez moi à tapoter sur mon blog, là où d’autres en France et de part le monde, se sont levé aux aurores pour aller trimer au turbin. Aujourd’hui est une fête catholique, probablement la plus importante d’un calendrier qui n’en manque pourtant pas. Car ce n’est pas parce qu’en ce jour je glandouille qu’il n’en n’est pas moins un saint jour pour autant.
Aujourd’hui nous fêtons Sainte Dévote, la sainte patronne de Monaco, et de la Corse, sainte martyre catholique de l’ère romaine, échouée au valon des Gaumates il y a fort fort longtemps par le truchement d’une tempète et d’une colombe dans le ciel.

Cette jeune sainte est martyrisée vers l’an 304 en Corse et plus précisément à Lucciana (ville jumelée à ce titre avec Monaco depuis 2008). Son corps, déposé sur une barque par des pêcheurs, se serait échouée le 27 janvier sur le rivage de Monaco.

Célébré par les Monégasques depuis toujours, son culte, lié à Monaco et à ses Princes, se retrouve officiellement dans chaque église de la Principauté et sur des monnaies. C’est l’âme protectrice de l’identité monégasque, dont les reliques ont été implorées dans les joies et les peines.
Chaque année, la fête de Sainte Dévote est célébrée dans la ferveur. Les festivités commencent le 26 janvier au matin, en l’Eglise Sainte Dévote, par la Messe des Traditions en langue monégasque.
Puis, en début de soirée a lieu la Procession de Sainte Dévote sur le Port, suivie par le Salut du Très Saint Sacrement en l’Eglise Sainte-Dévote, en présence des plus hautes personnalités de la Principauté. A l’issue, une barque symbolique est embrasée en mémoire de Sainte Dévote, par S.A.S le Prince Souverain et la Famille Princière.
Le 27 janvier au matin une Messe Pontificale est célébrée en la Cathédrale par Monseigneur l’Archevêque de Monaco en présence du Prince Souverain, suivie d’une procession solennelle sur le Rocher (bénédiction du Palais, de la Ville et de la Mer).

Ce qui va suivre est un texte « de jeunesse », avec ses qualités et ses défauts, écrit il y a plus de 10 ans pour une grande fresque historique sur Monaco qui verra le jour, un jour… Peut être… Cette adaptation de la légende de Sainte Dévote a une valeur historique probablement proche du rien du tout. Je m’excuse même auprès des puristes puritains qui pourraient être choqué par la teneur de certains passages.

Sainte Dévote, priez pour nous !

Cyrilus est un pécheur corse.
Son taf, c’est de prendre son bateau, de lancer son filet et de ramener du poisson pour nourrir les siens.
Mais là aujourd’hui, c’est son jour de congé, sa mère étant en train de recoudre son filet troué. Il a donc passé sa journée à jouer à l’Harpastum sur la plage avec ses amis, jeu dans lequel il excelle puisqu’il est le seul à maîtriser la boulle de foin avec les pieds alors que les autres ont du mal ne serais-ce qu’avec les mains. Et bien souvent, ses shoots faisant la différence, il est célébré héros de la journée, et couvert de cervoise et de limoncello.
Ce fut encore le cas aujourd’hui… Comme d’habitude, Cyrilus s’engagea à tout boire jusqu’à plus soif.
Ce qu’il fit.
Maintenant, Cyrilus est allongé sur la proue de son bateau, et décuve tant qu’il peut en regardant les étoiles, bercé par les vagues et par les coups que subit son bulbe neurovégétatif suite à ce que l’on appelle : la gueule de bois.

Mais tout à coup, son bateau se mit à bouger, et un choc sourd ébranla sa tête fragile. C’était Mikaelus, son frère jumeau qui s’amenait avec d’autres personnes qui portaient un lourd paquet.
Mikaelus, c’était tout le contraire de Cyrilus. Sobre, discret, sérieux, il avait tout d’un moine, bien que ce ne fût pas encore l’époque. Il s’était récemment entiché d’un groupe de personnes que l’on appelait les « Chrétiens » et qui tentaient désespérément de fuir la répression du gouverneur de l’île, l’ignoble Barbarus qui avait d’ailleurs torturé à mort une jeune fille dans la journée, uniquement parce qu’elle refusait de se prosterner devant les idoles romaines.
Mikaelus demanda à son frère de faire le plus grand silence, pendant que les hommes chargeaient un corps inerte sur son bateau.
Diable (si je puis me permettre devant une sainte martyre chrétienne), c’était justement la torturée de la journée, cette Dévota qui devait être brûlé le lendemain. Et Mikaelus venait, à l’aide de deux autres gaillards, de chouraver la dépouille de la pauvre fille pour l’emmener loin de Corse afin de l’enterrer selon les us catholiques pour qu’elle puisse recevoir la paix éternelle.
Cyrilus, chlass de chez chlass, laissa faire et ne renauda pas. De toute façon, contre la gueule de bois, il n’avait qu’un remède : prendre la mer, il avait besoin de s’offrir cet horizon afin de s’aérer l’esprit et se calmer les neurones. Une petite balade en famille était donc la bienvenue.

Malheureusement, la balade tourna cour.
Ils mirent le cap sur l’Afrique. Cependant, n’ayant pas consulté le bulletin météo de Sébastien Folinus avant de partir, ils tombèrent nez à proue avec une formidable tempête. Mikaelus s’accrocha à la dépouille de la défunte pour ne pas qu’elle s’en aille, tandis que Cyrilus perdait le contrôle de son navire, se désintéressant totalement de son gouvernail, restant debout, stoïque, au milieu du pont avant de son bateau, désemparé par la violence de l’intempérie.
L’alcool ajouté au vent et à la pluie faisait un effet ravageur sur ce pauvre bateau qui tanguait et dérivait de façon dangereuse.
Les hommes de Mikaelus tombèrent à l’eau, emportés par la tempête, tandis que ce dernier vomissait tout son pain.
Cyrilus quant à lui, restait inflexible, avançant pas à pas vers la pointe avant de son bateau. Il ne vomissait pas, puisqu’il avait déjà tout dégobillé dans la soirée, la cervoise aidant…
Il y parvint au bout d’un long quart d’heure d’effort.
Il se mit debout, les bras en croix, face à l’onde déchaînée. La pluie cinglait son visage, et le vent faisait tanguer sa posture délicate.
Et tout à coup, il s’écria « JE SUIS LE ROI DU MOOOOOOOOONDE !!!!! »

Ce cri fit relever la tête de Mikaelus, qui aperçut à la lumière d’un éclair, une croix, symbole du christianisme, en tête du bateau. Tout espoir n’était donc pas perdu, puisque Dieu semblait être avec lui.
Une vague terrible frappa le bateau, et Cyrilus fut projeté en arrière.
Le bateau continua sa route dans le noir, vaille que vaille.
Sous les coups du vent, la bôme se mit à valdinguer librement, envoyant à dame tout ce qui se trouvait dans sa rotation. Et alors que Cyrilus se relevait péniblement, sa caboche se trouva pile sur le chemin de ce bras perpendiculaire au mat… bing !

Cyrilus était allongé, face au ciel, sur le pont de son bateau. Le coup qu’il venait de prendre lui faisait voir trente-six chandelles, et plus si affinité.
Il était là, prostré sur son pont, regardant les yeux dans les yeux la pluie qui lui tombait sur le visage.
Sa tête tournait de plus en plus. Entre le choc et le limoncello, ses neurones s’étaient déconnectés et il se mit à divaguer. Combien de temps cela dura, nul ne le sait, mais il était là, seul, face à la pluie, sur son bateau dérivant dans le vent.
Son frère ne bougeait pas, allongé qu’il était contre la défunte, luttant pour ne pas tomber à l’eau.

Tout à coup, Cyrilus se leva.
Plus rien n’existait autour de lui, ni le vent, ni les vagues, ni la tempête…
Il avait vu la lumière.
Oui, c’est ça la lumière. Il tendit comme un string la voile de son bateau à s’en péter le mat. Il se rua sur son gouvernail, mis cap à l’est, non au sud, enfin bref, difficile de savoir où il mit cap, mais il y alla, tout plein d’entrain, tentant de lutter contre les flots déchaînés.
Il avait la motivation, mieux, la foi !

Et il vogua… Plus il avançait, plus il avançait ! Car le vent perdait de sa force, les vagues de leur rudesse, la pluie de ses cordes…
Si bien qu’au bout de quelques heures, il se retrouva sur une mer d’huile, sans un poil de vent, à faire du sur place… un comble !
Il se mit donc à ramer, et après avoir vaincu les démons de minuit, il rama ainsi, jusqu’au bout de la nuit…

Et alors que le soleil pointait son nez, il se retrouva face à face… avec la terre !
Oui, la terre. Une terre qui n’était pas africaine, mais qui était néanmoins salvatrice.
Ils accostèrent dans ce qui s’appellera plus tard, le vallon des Gaumates. Ils firent honneur une dernière fois à la sainte martyre par un enterrement frugal, mais chargé de symboles. Ils construisirent une chapelle au fond du vallon, afin d’abriter les reliques de Dévota, qui allait devenir la sainte patronne du petit port de pécheurs qui se trouvait à côté : Port Hercule, qui deviendra plus tard Monaco.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s