S03E02 : Ceux qui brulent la noirceur du passé

La nuit est tombée sur le village de Verlan. Malgré l’hiver déjà franchement entamé, la neige n’est pas encore présente, et seul un petit vent sec rappelle aux habitants que le port du châle est normalement obligatoire. Sauf ce soir, où la place du village est transformée en un vaste bucher funéraire.

Ce sont Heickel et Jeickel, les thaumaturges du hameau, qui ont obtenu cette crémation en grande pompe. Jacquouille, qui pour l’instant fait office de chef par intérim, a accepté leur demande, voyant en cela une façon solennelle de rendre hommage à celui qui avait été un mentor, un guide, un monarque pour lui et son groupe d’affidés. Et d’aviser ainsi l’ensemble du village massé autour du brasier lui fait chaud au cœur. Même si son esprit est déjà ailleurs.
Pour les deux sorciers, la raison est évidemment tout autre : sachant que la vieille baderne est revenue d’entre les morts, ils veulent s’assurer de son envoi définitif dans l’au-delà. Et la seule façon pour qu’un monstre de l’enfer ne se rapplique pas avec l’envie de purger à nouveau le village de l’ensemble de ses habitants est de le réduire en cendres. Les vieux grimoires nichés au fond de la bibliothèque des deux mages sont formels. Le feu purificateur est la seule solution. Dont acte, même si pour le coup, ils passent un peu pour les traitres de service, étant les instigateurs de cette ode à la gloire du despote.

De l’autre coté de la place, les discutions vont bon train au cœur de la foule des curieux venus regarder se consumer le corps de feu le potentat sanguinaire. De nouvelles perspectives s’ouvrent pour l’ensemble des habitants du village. Et ce même si la plupart sont définitivement résignés par leur sort, sachant très bien comment cela se passe au sein du hameau depuis tant d’années, et ne voyant pas très bien comment il pourrait en être autrement.
Au milieu de ces anonymes, Apolline se glisse subrepticement jusqu’à Angus et Wilma-Jane, un peu à l’écart du gros de la plèbe.
— C’est maintenant que tu arrives, souffle la lavandière, soucieuse.
— Je viens de passer cinq heures en réunion en tête à tête avec Jacquouille… Encore un quart d’heure de plus, et il me sortait les bougies et l’ambiance tamisée.
— Cinq heures ? Pour te dire quoi ?
— Au départ, je pensais que c’était pour s’excuser au nom du patelin qu’il représente à propos de cette parodie de procès dont j’ai été la victime malencontreuse. Mais en fait, pas du tout.
— Pas du tout ? C’est quoi cette histoire ?
— C’est qu’il ne peut pas parler au nom du hameau, puisqu’il n’a pas encore été investi de tous les pouvoirs ?
— Comment ça ?
— Ben apparemment, d’après ce qu’il m’a déclaré de manière assez confuse, et un peu gêné aux entournures, ce n’est pas obligatoire que ce soit lui le futur chef.
— Mais qu’est-ce donc que cette logorrhée vomitoire ? Wilma-Jane est d’un coup excessivement remontée.
— Juste l’application d’une vieille disposition datant de Louis VI Capet, dit le gros, entonne une voix familière dans leur dos.
— Robert ! s’exclament à l’unisson les trois compères en voyant arriver l’ex-juge du village.
— Mais que fais-tu ici ? On nous avait dit que tu avais été renvoyé ! Angus a du mal à cacher sa joie.
— Effectivement, j’ai eu cet honneur. Mais pas bien longtemps, car les autorités nationales, suite au décès d’Anthime et au grand barnum qui agite le patelin depuis un an, ont décidé d’envoyer quelqu’un qui connait les us et coutumes du coin afin de vérifier que la transition se passe en douceur.
— Et du coup, c’est à cause de toi qu’ils vont organiser des élections ?
— Oui, et non. Disons qu’ils sont déjà bien tous au courant de ce qui peut être fait. Mais ils ont voulu la jouer en douce, avec Jacquouille en maitre suprême, Pâo-Pâo en première dauphine, et toujours le même système de fonctionnement dédié au copinage et à l’injustice. Jusqu’à ce que j’arrive, et j’ai mis mon véto, expliquant que si Jacquouille ne pouvait être que seul candidat à la succession d’Anthime, plein d’autres personnes du village pourraient prétendre à être numéro deux dans la hiérarchie. J’ai cité quelques noms, dont le votre Apolline.
— Le mien ? Mais pourquoi ?
— Parce que c’était celui qui parlerait le plus à la population si jamais on en arrivait à faire un vote.
— Une élection ? De la démocratie ? Le peuple concerté avant une décision ? Mais vous imaginez la révolution au sein du village ?
— Certainement, et ça lui ferait du bien. Mais rassurez-vous, ou pas, car ça ne se produira pas.
— Ah bon ? Wilma-Jane ne pipait mot, mais n’avait pas perdu une miette de cette discussion.
— Parce qu’au risque de se voir imposer un chef en second qu’il ne désirerait pas, nos amis de la haute ont décidé tout bonnement de se passer de numéro deux…

PS : Trop court ? Faudra t’y habituer, c’est le nouveau format pour 2016. Si ça te pose un problème, merci de m’en faire part sur mon Facebook, ou en commentaire en bas de la page. Si c’est pour dire des trucs positifs, je prends quand même. Merci d’être venue, et RDV la semaine prochaine !

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