S02E12 : Celle qui a la tête sur le billot (2)

Précédemment, à Verlan

IMG_5484Saison #1 : Une crise sans précédent secoue depuis plusieurs mois le village de Verlan. Anthime, le patriarche-monarque-despote du hameau a disparu. Face aux affidés du chef, Jacquouille, Monica, Antoine, Paô-Paô et Germain, qui essayent par tous les moyens de cacher l’évaporation de leur gourou, s’opposent une poignée d’autochtones menés par Apolline, Angus et Wilma-Jane. Ces derniers tentent de lever le voile sur ce qui pourrait bien changer le destin de leur bled. Et alors que Dimity, un ex-espion russe, venait de pénétrer secrètement dans les appartements d’Anthime, une violente déflagration secoua le village.
Saison #2 :
alors que le patelin se retape à peine de l’explosion de l’ultime étage de la Tour, Apolline s’enfonce sous les questions existentielles quant à son avenir, et à celui du hameau. Heikel et Jeikel, deux personnages sibyllins font leur apparition, ainsi qu’un mystérieux inspecteur qui tente de remettre de l’ordre au cœur du bled, mais se frotte à des forces obscures et à Jacquouille, bien décidé à fêter le millénaire du bourg. À quelques heures du banquet final, l’Empire des affidés est sûr de sa force, surtout que l’allié ultime est désormais de retour dans le patelin… 

Le silence est désormais pesant sur la place du village. Personne n’ose moufter. Le révérend Coeurenjoie aurait bien une ou deux anecdotes à propos du passage d’un dictateur dans son bled, qui organisait des procès de la sorte, mais bien plus expéditifs, avec mitrailleuses et autres joyeusetés, mais pour une fois, il se retint. Pas sûr que cela serait de bon ton vu la conjoncture. Même Mamie Carnet s’abstient, et pourtant, elle aimerait bien griffonner un petit billet contre la coiffure de la dame devant elle, qui lui empêche de visionner l’intégralité de la scène. Tout le monde est suspendu à ce qui se trame sur l’estrade, et à la suite des évènements, qui ne semblent pas en faveur d’Apolline.

— Madame la Naine, remontons le fil du temps, et reparlons un peu de ce que vous faisiez le 30 septembre dernier…
— J’imagine qu’il s’agit du jour où les catacombes du village sont parties en lambeaux.
— Non, ça, c’est le 23 octobre, mais nous y reviendrons aussi. Le 30 septembre, c’est le jour de la mise à l’écart de l’inspecteur Gadgeto, éminent membre de la police nationale venu nous aider à résoudre le mystère des attentats qui ont secoué le patelin. Et que vous avez plongé dans un état larvaire fort prononcé.
Apolline ne répond rien, pointant le chef du village d’un regard courroucé.
— Vous n’avez rien à déclarer pour votre défense ?
— Que voulez-vous que je vous dise ? Vous avancez des inepties sans apporter la moindre preuve. Je ne sais absolument pas au courant de ce dont vous m’accusez…
— Des preuves vous dites ? Mais nous sommes en face d’un phénomène paranormal, aucune preuve tangible n’est possible.
— Si vous n’avez pas de preuves, c’est que je n’ai rien fait. C’est ainsi que fonctionne la justice en général.
— Sauf que vous étiez là, à chaque fois !
— C’est à dire ?
— Prenez donc ce fameux 30 septembre, c’est vous qui avez découvert le corps du pauvre inspecteur alors qu’il gisait avec les malheureux Germain et Monica, des êtres parmi les plus exceptionnels de la population du village.
— Oui, enfin Germain avait quand même la bite à l’air.
— Qu’importe ! Vous étiez là !
— Ben quelque part, si je n’avais pas été là, ils seraient peut-être morts.
— Qu’importe ! Vous étiez là ! Tout comme vous étiez là quand l’inspecteur s’est réveillé pour ensuite se transformer en limace.
— Oui, enfin, on était 20 dans la chambre ce jour-là.
— Qu’importe ! Vous étiez là ! Vous êtes tout le temps là quand il se passe quelque chose de dramatique à Verlan !
— Ah non, le 12 juin, j’étais au bar.
— Et vous étiez encore au mastroquet le 23 octobre quand les bas-fonds de la Tour ont explosé.
— Hum, oui, certainement…
— La voilà la preuve que vous attendiez !
— La preuve de quoi ? Que je bois trop de bière ?
— Qu’à chaque fois qu’il se passe quelque chose de dramatique au village, vous êtes là, ou planqué au bar. De plus, je lis ici que l’on vous a vu plusieurs fois entrer dans l’échoppe tenue par les frères Heickel et Jeickel, deux potentiels terroristes eux aussi accusés d’avoir ourdi un complot contre le village et de provoquer le malaise ambiant qui l’étreint.
— Ça ne prouve rien du tout. J’ai quand même le droit d’acheter des pommades à base de bave d’escargot pour soigner mes mains irritées ?
— C’est irréfutable, vous faites partie du complot, et le jury ici présent sera surement du même avis que moi.
— Paye ta gueule les jurés, murmure la naine, en constatant que ce dernier est composé de Pâo-Pâo, Germain, Monica et Jacquouille.
Elle ferme les yeux, et prend une grande respiration.
— ET C’EST ÇA QUE VOUS APPELEZ LA JUSTICE ?
Son hurlement fait trembler toutes les oreilles de la place, et même au-delà.
— Madame la Naine, cela vous pose un problème ?
— Oui, nous avons un magistrat au village. Nous avons un système relativement équitable avec un homme neutre.
— Le juge a été renvoyé dès hier à la vie active. En attendant la nomination d’un autre parquetier, c’est l’ancien appareil juridique qui s’applique, à base d’un maître omnipotent et d’un jury populaire, qui a été désigné dans les règles de l’art ce matin même, et que vous voyez ici présent…
Apolline serre les dents. La situation est encore pire que pire. Ce n’est pas une parodie de procès, c’est en fait une exécution publique en bonne et due forme. Cherchant une porte de sortie, elle regarde la foule, puis lâche un petit sourire narquois.
— Je vais me confesser…
— Madame la naine… Vous souhaitez-vous déballer ? Le ton d’Anthime est hésitant, comme s’il ne s’attendait pas à cela.
— Oui, ô grand chef, juge, despote, ou ce que vous voulez. Je vais avouer.
— Ah, tu es donc coupable, vile gredine !
— Oui, je suis damnable…
Un brouhaha s’élève depuis la foule. Apolline aurait-elle menti depuis le début ?
— Tu admets ainsi avoir tenté de réduire en cendre la Tour, et tuer tous les gens exceptionnels qui s’occupent si bien du village.
— Non, ça j’en suis innocent. Je n’ai pas fait exploser votre appartement ni les catacombes. Je n’ai pas non plus essayé de mettre fin à l’adultère entre Germain et Monica. Je n’ai pas contaminé l’ensemble de la volaille du père Tax. Je n’ai enfin pas transformé le super inspecteur en limace baveuse et gluante. Non, je n’ai fait aucun des méfaits que vous m’accusez.
Debout, au milieu de l’estrade, la naine serre les poings, fixant Anthime, un brasier dans les yeux.
— Mais bordel qu’est ce que j’aurai aimé en être l’auteur. J’échangerai bien toute la bière que j’ai bue l’an dernier pour pouvoir à nouveau observer Germain gisant la bite à l’air, et Monica, pleurant dans son coin alors qu’il n’y avait plus aucun danger. Je donnerai volontiers ma vie pour que l’explosion qui a tué Dimitry pète une demi-heure plus tôt, noyant toute votre bande mafieuse sous les décombres, pour que vous restiez à pourrir au fond de votre tiroir à la morgue, pour que Pâo-Pâo soit changé en limace baveuse et que tout le monde le voit tel qu’il est réellement. Alors oui je suis coupable. Coupable de ne pas être le monstre que vous espérez que je sois. Coupable de boire de la bière et de discuter jusqu’à pas d’heure au lieu d’agir pour mettre fin à l’injustice, à l’hypocrisie et au malaise général que vous avez cautionné durant toutes ces années. Coupable, oui, je suis coupable.
Un nouveau brouhaha s’élève depuis la foule. Difficile cependant de savoir si la population acquiesce le positionnement de la naine, ou s’ils réfutent en bloc ses dernières paroles abruptes. Anthime, extrêmement surpris des déclarations de la naine, se tourne vers ses affidés et entame une brève discussion. Puis, il se retourne, et prend à nouveau le micro.
— Madame la Naine, puisque cela est votre ultime bafouille, le tribunal a délibéré.
Un énième vent glacé fouette la place centrale du patelin.
— Par décision du jury populaire de Verlan, en ce premier jour du second millénaire du village, et par les pouvoirs que je me suis conférés en tant que chef suprême, je vous condamne à la mort par pendaison, demain matin sur cette même place du hameau. S’en suivra…
Nouveau chahut au sein de la plèbe, rapidement mis au pas.
— SILENCE ! S’en suivra le procès de messieurs Heickel et Jeickel, les soi-disant sorciers, et surtout tourmenteurs du village. Qu’il en soit ainsi, par la grâce de Dieu, et de moi-même !

Alors qu’Anthime lève son doigt vers le ciel pour donner plus d’importance à sa sentence, le temps s’arrête sur la place du village de Verlan.
Apolline regarde des yeux ébahis la foule, ne comprenant pas vraiment s’il s’agit là d’une mauvaise blague, ou si elle vient réellement d’être condamnée à mort.
À ses côtés, Pâo-Pâo ne montre aucun signe extérieur de son état d’esprit, mais son regard, et le petit sourire en coin qui lui zèbre le visage dénote un fort contentement quant à la tournure des évènements. Germain est dans la lune, alors que Jacquouille se frise les poils de la moustache en se demandant bien s’ils auront le temps de débarrasser toutes les bouteilles de champagne avant la tombée de la nuit, car les festivités sont encore loin d’être terminées.

Tandis que les affidés se précipitent sur la naine pour l’empoigner, un sifflement étouffé retentit derrière eux. Et alors que tout semblait s’être arrêté, la vie reprend son cours, de façon brutale.
Une lueur rouge scintille derrière l’estrade, suivi d’une bousculade qui envoya valser la courtaude au bas du strapontin, la tête en avant. Elle entendra cependant une dernière chose avant de s’évanouir.

« Go go Gadgeto découpage au laser ! »

PS : Voilà, c’est fini pour la saison 2. Si tu as des griefs, ou même des insultes à propos de cette fin abrupte et sans scrupules, merci de m’en faire part sur ma page Facebook, ou en commentaire en bas de la page. Si c’est concernant l’intégralité de la saison, ça marche aussi. Si c’est des trucs positifs, je prend quand même.
En attendant, rendez-vous vendredi 8 janvier pour le début de la saison 3…

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