S02E11 : Ceux qui fêtent le millénaire (1)

Précédemment, à Verlan

IMG_5484Saison #1 : Une crise sans précédent secoue depuis plusieurs mois le village de Verlan. Anthime, le patriarche-monarque-despote du hameau a disparu. Face aux affidés du chef, Jacquouille, Monica, Antoine, Paô-Paô et Germain, qui essayent par tous les moyens de cacher l’évaporation de leur gourou, s’opposent une poignée d’autochtones menés par Apolline, Angus et Wilma-Jane. Ces derniers tentent de lever le voile sur ce qui pourrait bien changer le destin de leur bled. Et alors que Dimity, un ex-espion russe, venait de pénétrer secrètement dans les appartements d’Anthime, une violente déflagration secoua le village.
Saison #2 :
alors que le patelin se retape à peine de l’explosion de l’ultime étage de la Tour, Apolline s’enfonce sous les questions existentielles quant à son avenir, et à celui du hameau. Heikel et Jeikel, deux personnages sibyllins font leur apparition, ainsi qu’un mystérieux inspecteur qui tente de remettre de l’ordre au cœur du bled, mais se frotte à des forces obscures et à Jacquouille, bien décidé à fêter le millénaire du bourg. À quelques heures du banquet final, l’Empire des affidés est sûr de sa force, surtout que l’allié ultime est désormais de retour dans le patelin… 

L’effervescence est à son comble au cœur du hameau de Verlan. Jacquouille, comme à son habitude, brasse du vent et cours dans tous les sens pour pinailler du moindre petit détail, sans véritablement s’assurer de la cohérence de l’ensemble. Le bal des festivités sifflera son coup d’envoi à 11 h tapante, et il ne reste plus une seule seconde à perdre. À sa suite, le révérend Coeurenjoie fait de même, ayant été précipitamment mandaté pour organiser une homélie en plein air pour cette grande occasion. Car pour la haute hiérarchie du village, l’évènement est importantissime à plus d’un titre : ils vont annoncer à tous le retour aux affaires d’Anthime.

Pour ce faire, le protocole savamment étudié depuis de très longs mois par les affidés a été largement bousculé. Qui aurai pu penser que le chef du village allait ainsi revenir d’entre les morts à quelques encablures de la date fatidique. Et quelle surprise cela sera pour la plèbe du patelin que de revoir, après presque un an d’absence, le monarque suprême bien-aimé ! Si Pâo-Pâo avait été une femme, il en aurait sûrement mouillé son legging jusqu’aux chaussettes. Il aurait aussi probablement embrassé le grand dégingandé qui a découvert Anthime alors que celui-ci se réveillait enfermé dans un tiroir de la morgue.
Quelle histoire que ces retrouvailles ! Disparue déjà de façon fort inexplicable, la réapparition d’Anthime semble encore plus étrange. Selon le préposé à la nécropole qui officiait ce jour-là, dans ce tiroir se trouvaient les restes de cadavre découvert en juin lors de l’explosion de l’appartement d’Anthime. Pour lui, une sorte de magie morbide à la Frankeinstein se cache dans ce miracle. Mais comme ce petit fonctionnaire est un pauvre mécréant qui a refusé de signer le livre d’or pour souhaiter les meilleurs vœux pour le retour du chef, Pâo-Pâo ne lui fait pas vraiment confiance. D’ailleurs, il détient les noms de tous ceux qui n’ont pas ratifié ce glorieux manifeste, et il s’occupera de ces pauvres merdes un par un.
Et pourtant, la police scientifique paraissait formelle l’été dernier : les analyses tissulaires avaient écarté la possibilité qu’Anthime se trouve parmi le nombre de cadavres qui ont plu sur le village à cette époque. Enfin, à la lueur des évènements récents, il semble que les prélèvements n’ont pas été effectués de la façon idoine. Il est d’ailleurs fort probable que les agents de la maréchaussée n’ont en tout état de cause étudié les échantillons que d’un seul et même cadavre.
Qu’importe les allégations et l’incompétence de cette volaille peu scrupuleuse, Pâo-Pâo est sûr d’une chose : son vénérable chef est bien de retour, et son univers a retrouvé son alpha et son oméga.
C’est le cœur plein de certitudes, et le nombril en avant que le plus gros de la troupe des affidés s’avance sur l’esplanade du village, et pénètre dans le troquet en face de l’église.
Sur place, il rejoint Antoine, Germain, ainsi qu’un de leur collègue, le préposé à la conciergerie de la Tour dont Pâo-Pâo a oublié le nom, tant il est insignifiant, voire insipide. Contrairement à leurs petites habitudes, le noyau dur des affidés est vautré à même le comptoir, faisant face à une cohorte de verres vides. Des flûtes de champagne, principalement, mais aussi une pinte de bière, et un godet, dans lequel une olive baigne dans un liquide brunâtre. Le visage d’Antoine est encore plus rubescent que d’habitude, ses bajoues tombant lamentablement de part et d’autre de sa physionomie. Il est neuf heures du matin, le commun des mortels de Verlan se trouve au travail, en attendant l’heure fatidique. Et pourtant ces quatre mousquetaires de la boisson s’en mettent une belle derrière la cravate, sachant très bien que personne ne viendra rien à leur reprocher.

L’heure tourne, et Jacquouille s’agite toujours autant. Il est désormais en grande discussion avec le révérend Coeurenjoie qui tente vainement de lui expliquer comment il faisait en son temps lors des réunions avec tout le gratin de son petit village africain, agitant beaucoup ses bras pour illustrer une histoire nouvellement abracadabrantesque.
Au troquet du coin, l’ambiance monte aussi d’un cran.
— Et si on allait tous se déguiser pour fêter le retour du chef ? Même ivre, Pâo-Pâo reste toujours capable d’avoir des idées saugrenues.
— Se travestir en quoi ? Tu veux que je pique le masque de Dark Mador à mon fils ? Pour le reste je ne pense pas pouvoir rentrer dedans de toute façon, fustige Antoine, pas vraiment à l’aise avec l’idée de se travestir.
— Par exemple Germain, il te reste bien quelques couronnes de fleurs de quand tu es allé aux Antilles non ?
— Déjà, c’est pas les Antilles, mais Tahiti. Secondo, c’est « Le Tahiti » le bar où j’ai passé une soirée il y a plus d’un an avec une poule que j’avais rencontrée sur Adopte-un-bec. Tertio, ces fleurs sont fanées depuis fort longtemps.
— Vous ne m’aidez pas là ! Ça ne va pas arranger nos affaires ça ! Pâo-Pâo arbore sa mine des jours sombres.
— T’inquiète, pour ce qui est des affaires, tu peux toujours commander un nouveau verre de rhum arrangé, s’il en reste au patron. Le nez d’Antoine vire au pivoine.
— En parlant de Roms, regardez un peu qui débarque ! Ils sont encore en train de se gratter ces trois-là ! Pâo-Pâo est offusqué comme rarement.
Les trois personnes qui font l’objet du courroux du convoi exceptionnel des affidés ne sont autres que Wilma-Jane, Apolline et Angus. Ces derniers sont venus prêter main-forte à ses deux amies pour charrier la tonne de linge, nappes et serviettes nécessaire à l’installation du banquet.
— Tu as vu Wilma qui est en train de se pochtroner pendant que nous bossons ?
— Ramasse donc cette serviette au lieu de t’inquiéter du contentement de la haute du village. J’ai hâte d’observer Pâo-Pâo ivre mort gérer le symposion…
— Oui, mais quand même, il va falloir qu’on m’explique pourquoi ce gros hypocrite semble si heureux du retour de la baderne. Il perd de ce fait un rang dans la hiérarchie alimentaire.
— C’est probablement plus simple de cirer les pompes des puissants que de prendre de vraies décisions. La réponse d’Angus tombe sous le sens.
— Tu as lu le livre d’or ? Réplique Wilma-Jane, le regard dans le vide.
— On est en train de parler de politique villageoise, amie lavandière. Je ne comprends pas le lien avec cette ode à la génuflexion et à la soumission docile.
— Tu l’as lu ou pas ? Insiste Wilma-Jane.
— Ben non, tu ne veux pas que je signe dedans aussi ? Je suis une naine de conviction et pas de compromissions.
— Tu aurais dû, c’est tellement instructif.
— Et alors ? Angus semble curieux.
— Ben Pâo-Pâo va sûrement gagner un prix littéraire ou un autre truc dans ce genre vu le pavé qu’il a sorti.
— Il lui a composé un sonnet en vers et en quatrain pour lui déclarer sa flamme ?
— C’est pas à moi de te dire si son verre était plein ou pas de ta liqueur de quatrain. Wilma-Jane pouffe de sa galéjade. Ceci dit, vu le rythme qu’ils traînent depuis ce matin, pour sûr, ils sont vides leurs verres.
— Mais putain, tu as vu quoi dans ce livre d’or ? Apolline semble ne pas trop apprécier l’humour de son amie quand elle est tendue.
— Apolline doit un euro au tronc des pauvres pour vocabulaire grossier !
— Mais c’est quoi que ce ?
La naine, tout comme l’ensemble des personnes autour d’eux sont surpris par le retour aussi inopiné qu’impromptu de la grosse voix.
— Tout le monde semble décidé à revenir au village pour fêter le millénaire on dirait, bougonne la courtaude en glissant ses mains dans ses poches. C’est bien, plus il y a de fous…
— Plus il y a de fous… réplique Angus, surfant sur la mauvaise humeur de son amie.

PS : Même si la suite arrivé dès demain, n’hésitez pas à laisser vos opinions et autres commentaires, soit juste en dessous, soit sur ma page Facebook. Chaque avis, positif ou négatif, est très important pour moi.
Merci.

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