S02E09 : Celui qui aime le poulet (Part #2)

Précédemment, à Verlan

IMG_5484Saison #1 : Une crise sans précédent secoue depuis plusieurs mois le village de Verlan. Anthime, le patriarche-monarque-despote du hameau a disparu. Face aux affidés du chef, Jacquouille, Monica, Antoine, Paô-Paô et Germain, qui essayent par tous les moyens de cacher l’évaporation de leur gourou, s’opposent une poignée d’autochtones menés par Apolline, Angus et Wilma-Jane. Ces derniers tentent de lever le voile sur ce qui pourrait bien changer le destin de leur bled. Et alors que Dimity, un ex-espion russe, venait de pénétrer secrètement dans les appartements d’Anthime, une violente déflagration secoua le village.
Saison #2 :
alors que le patelin se retape à peine de l’explosion de l’ultime étage de la Tour, Apolline s’enfonce sous les questions existentielles quant à son avenir, et à celui du hameau. Heikel et Jeikel, deux personnages sibyllins font leur apparition, ainsi qu’un mystérieux inspecteur qui tente de remettre de l’ordre au cœur du bled, mais se frotte à des forces obscures et à Jacquouille, bien décidé à fêter le millénaire du bourg. Mais à quelques encablures de la date fatidique, une nouvelle explosion secoue le hameau, et avec elle son lot d’horreurs… 

Le poulet venait tout juste de s’échapper de la ferme. Selon ses estimations, c’était le dernier, l’ultime survivant d’un véritable massacre. Il le suivit, à bonne distance, observant ses faits et gestes sans se faire repérer. Il en avait marre de discuter avec tous ces flics qui ont investi sa ferme au petit matin. Il lui fallait de l’action. Cette partie de chasse improvisée tombait à point nommé.

Quand il rattrapa le gallinacé, ce dernier dévisageait un petit chat qui venait apparemment tout juste de se réveiller. Assez décontenancé, il ne semble pas comprendre ce qui lui arrivait. Il regarde de droite à gauche, cherchant quelque chose, ou quelqu’un. Les oreilles en arrière, il fixe, puis crache sur la volaille, comme s’il était conscient du danger qu’il avait en face.
« Un survivant du massacre », pensa le père Tax en ajustant sa ligne de mire.
En chasseur chevronné, le pécore est planqué juste derrière des fougères, allongé au ras du sol. Seule dépassait la gueule de son fusil, et son regard fixant le gallinacé.
Qu’attendait-il pour attaquer le chat, comme il avait dû le faire avec tant et tant d’autres animaux durant la nuit ?
Nul ne le saura jamais.
Une déflagration vrille le calme ambiant. Au loin, des corbeaux décollent en hurlant de façon fort sinistre. La tête du poulet explose en un millier de morceaux gluants et sanguinolents, tandis que le félin apeuré par la détonation décampe aussi vite que lui permettent petites pâtes musclées.
Tenant son fusil par la crosse, le vieux fermier, dans une posture propice à la méditation et au recueillement, hume les effluves de poudre à canon qui s’échappent de la gueule de son arme. Il semble satisfait. Il est rassasié.
« Ce soir, branlette ! »

Pendant ce temps là, dans la morgue du village installé dans un des sous-sols de la Tour, un vilain grattement se fait entendre depuis l’un des tiroirs…

Un peu plus bas dans la ferme, c’est l’effervescence. La maréchaussée a débarqué en trombe au milieu de la nuit, alerté par les nombreux coups de feu qui ont résonné dans toute la vallée. Déjà sur les dents suite à l’explosion en milieu de journée au cœur de la grande Tour du village, les policiers n’ont prit aucun risque alors que la moitié du bled résonnait des coups de fusil du fermier, pourtant situé bien au-dessus du hameau.
Ils ont débarqué avec deux vans pleins. Ils furent précédés du fourgon des quatre illuminés envoyé par la maréchaussée pour résoudre le problème paranormal qui agite le patelin, et qui étaient bien contents de s’échapper de là après avoir plus ou moins directement causé les remous de la mi-journée.
Une fois sur place, ils constatèrent que la ferme était devenue un champ de bataille, avec d’un côté le vieux propriétaire, juché sur le toit, son fusil à la main, une guirlande de cartouches enroulée en bandoulière. Et d’autre part, pléthores d’animaux qui se bouffaient entre eux, donnant à la cour entre la maison et la grange un sombre relent d’apocalypse.
Affolés, les quatre spécialistes sonnèrent l’hallali, et les gendarmes tirèrent à vue afin d’éliminer l’ensemble des animaux, infectés ou pas. Ce n’est qu’après que le sol fut maculé de sang, que Véro, celle qui tient lieu de scientifique dans cette petite troupe, émit l’idée de ramener un ou deux spécimens vivants afin de pouvoir les étudier de plus près. Sur ces entrefaites, le père Tax descendit de son toit, et l’on commença à nettoyer le carnage.

Pendant ce temps-là, dans la morgue du village, une complainte lancinante émane du tiroir sur lequel l’étiquette affiche la date du 12 juin dernier…

De retour dans sa ferme après sa partie de chasse improvisée, le croquant se rend directement auprès des quatre jeunes qui l’ont déjà assailli de questions un peu plus tôt concernant le comportement des bestioles hier soir, et durant la nuit.
Sans attendre, il balance le cadavre plumé sur la table, faisant sursauter l’ensemble de l’assistance.
« Le voilà votre dernier survivant.
— Mais vous êtes malade ? Dauphine est outrée.
— Il aurait pu nous asperger de sang contaminé, tance Derrick
— Et puis surtout, j’en voulais un vivant… » grommelle Véro dans la barbe qu’elle n’a pas…
Le quatrième, Samir, ne répond pas, il est tombé dans les pommes à la vue de la tête explosée du poulet sur la table. À ses côtés, le chien a glissé sa truffe sous ses pattes avant, espérant surement passer inaperçu.
Véro dresse ensuite un topo de leurs premières constatations, listant un à un l’ensemble des pertes animales, insistant sur le fait que le premier producteur de lait et d’œufs de Verlan se trouve désormais privé de son outil de travail principal.
« Rien à foutre… Démerdez-vous.
— Mais, votre ferme… Votre exploitation…
— Faites en ce que vous voulez, de toute façon, je m’en fou… C’est votre problème. Battez-vous dans la boue avec vos poules zombies si ça vous chante, mais débrouillez-vous.
— Mais, le responsable, c’est vous… »
L’ultime tentative de Derrick ne parviendra même pas jusqu’aux oreilles du père Tax, ce dernier s’étant expulsé précipitamment de sa propre maison, fuyant l’odeur de mort, et les problèmes qui vont avec.

Pendant ce temps-là, dans la morgue du village, des coups sont frappés depuis l’intérieur d’un des tiroirs, accompagnés de plaintes de plus en plus fortes…

Arrivé dans la cour de sa ferme, le père Tax se dirige tout droit vers la clôture, enjambant ça et là quelques cadavres qui n’ont pas encore été ramassés par la maréchaussée. Une fois tout près de la rambarde en bois, il observe attentivement les alentours, cherchant désespérément quelque chose, même s’il n’est pas sûr de vraiment savoir quoi. Au loin, le village semble bien trop calme comparativement à l’agitation frénétique de ces dernières semaines. Mais pour la première fois, une vague d’inquiétude choque le fermier, après que celui-ci a constaté l’état de décrépitude avancé dans laquelle se trouve la végétation proche de son exploitation. Seules les tétragones semblent résister à la pourriture accélérée. Comme si la dégénérescence qui a frappé ses bestioles avait aussi touché la flore. À moins que ce ne soit le contraire, ce qui serait encore plus inquiétant.
Un miaulement le tire de sa torpeur. Il se retourne pour constater que le petit animal à l’origine se trouve sur son tracteur, à quelques mètres de là. Pas farouche, le chat laisse le fermier s’approcher, et l’autorise même à être pris dans ses bras. Ce dernier remarque alors plusieurs choses concernant ce minet. Tout d’abord, il s’agit d’une femelle plutôt âgée, et qu’elle semble particulièrement choquée par la nuit qu’elle vient de subir. Toute tremblante, elle a une patte arrière sérieusement amochée.
« Mais qu’est-ce qui t’es donc arrivé ma pauvre mémère… Je suis sûr que tu en sais long sur toute cette histoire, et que tu serais certainement bien plus utile pour m’expliquer tout cela que toute cette armée de fonctionnaire de police. »

Pendant ce temps-là, dans la morgue du village, personne n’entend les petits coups tapés contre la paroi d’un tiroir, trois courts, trois longs, trois brefs…

« Allez Véro, dis-moi que l’on n’est pas venu jusqu’ici, déguisé en feuille de chou, pour se faire bouffer le cul par des lapins… »
La mâchoire crispée, le volant bien en main, Derrick conduit la petite troupe des enquêteurs du paranormal loin de cette ferme maudite dans laquelle ils ont affronté autant d’horreur qu’ils ont semblé perdre leur temps. Ayant fini leurs investigations, ils s’en retournent au village, avec l’intention vivace de tirer les conclusions idoines au plus vite.
« Non, mais au moins, on a suffisamment de viande de lapin et de poulet pour faire un méga barbecue », lance Sammir sous le regard approbateur de son chien, tout en brandissant un des sacs poubelles qu’ils ont ramenés avec eux, contenant nombre de prélèvements effectués par leur acolyte scientifique.
Le silence retombe dans l’habitacle. Aucune des deux femmes ne moufte, pourtant les plus à même d’avancer les premières hypothèses de leur enquête. Le mystère qui les étreints est pour l’instant insondable. D’abord un inspecteur-chef qui se transforme en limace, puis une banale expérience de passage dans l’outre-monde qui se conclut par une explosion dantesque, dont les résidus gazeux vont se perdre dans la montagne, tarissant la végétation et l’intellect de la faune environnante…
« Je suis sûr qu’on ne nous dit pas tout dans ce village. Dauphine sort enfin de sa torpeur. Des gens mettent des bâtons dans les roues, utilisant des méthodes loin d’être catholiques.
—Tu penses à quoi en particulier ?
— Pour l’instant, à rien d’autre qu’à mon brushing. Je ne peux rien faire tant que j’ai des épis qui dépassent ! »

Après avoir garé en vrac leur véhicule sur la place du village, les quatre enquêteurs se précipitent au sous-sol de la Tour, où se trouve le centre « scientifique », rare endroit ayant résisté à l’explosion de la veille, ainsi que la morgue, d’où émane un nouveau râle lugubre…

Adossé à la rambarde, toujours en train de caresser la pauvre bestiole blessée, le regard perdu dans le charnier que constitue sa cour, le père Tax ne voit pas s’approcher derrière lui un jeune homme. Celui-ci est engoncé dans une sorte de grande robe de chambre couleur écorce, sa tête noyée sous une ample capuche, et ne dépassent que ses pieds vêtus d’une chaussette blanche, mais plutôt grise de crasse, et une autre noir intégrale. Il porte dans ses bras une petite chatte, ce qui lui fait au moins un point commun avec le paysan.
Il pose ensuite la main sur l’épaule du père Tax, provoquant un léger tressautement du côté du fermier, qui se retourne, un peu craintif. Il sursaute une seconde fois en découvrant son mystérieux interlocuteur.
« Toujours par deux ils vont… Ni plus ni moins… La phrase de l’inconnu sans visage est des plus énigmatiques…
— Mais que, quoi ? Vous êtes qui ? »
Le fermier n’obtiendra pas de réponse à sa question. L’anonyme lui fit signe de se taire, alors il obtempère. L’homme encapuchonné caresse la vieille chatte du pécore, qui n’a de cesse de fixer l’animal qu’il porte dans ses bras. Puis sans prononcer une seule parole de plus, il s’en retourne en direction de la forêt sous l’œil incrédule du fermier.
Une poignée de mètres plus loin, il croise la route d’un autre félin, qui fouinait, le regard inquiet. Le voyant, sa petite compagne poilue quitta le confort des bras et la douceur de ses caresses pour se précipiter sur le nouveau venu. Quelques papouilles, et les deux s’enfuirent en courant, sans plus d’explications. Toujours appuyé sur sa rambarde, le père Tax reconnut au loin le petit animal qu’il avait sauvé tout à l’heure d’une fatidique rencontre avec un poulet-zombie…

Pendant ce temps-là, Sammir et son chien ont pénétré la morgue, attirés par un bruit bizarre. Alors que le jeune homme débloque les sécurités du coffre qui l’intrigue, un nouveau râle s’échappe.
Un cri chargé de peur et de souffrance.
Un hurlement qui accompagne l’enquêteur dans les pommes, juste après que celui-ci en a constaté la sinistre origine…

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