Pouletgeist : La Nuit des Morts-Poulet (Part #2)

Une fois de retour à ma table, je découvris mes deux consœurs de soirée en grande discussion. La plus vieille des deux félines insistait lourdement pour que la plus jeune sautât sur mon humble personne. Elle la tirait par le pelage, par la queue outrepassant parfois même certaines règles de bienséance, me pointant du bout de la griffe au cas où l’autre ne comprenne pas bien la volonté saugrenue de son ainée.
Fier comme un coq, j’espérais bien que cet élan rendait hommage à mon allure avenante et mon physique d’éphèbe. Cela dit, je n’étais pas dupe, je savais très bien que mes chips et mes tournées de cocktail avaient à court terme plus d’effet sur leur libido que mon long appendice caudal en panache.
Leur compagnie était pourtant fort agréable. Je me délectais de ces deux charmantes représentantes du beau sexe, gourmandes de boissons et de fritures salées. Et à défaut d’autre chose, je jouissais du spectacle de ces deux esprits perdus aux confins de l’éthylisme, et avides de faire à peu près n’importe quoi. Ça guinchait, ça rigolait, ça se trémoussait, ça m’œilladait…
J’en ronronnerai presque.
Sirotant un énième cocktail, je les observais du coin de l’œil, scrutant un peu la salle, mon instinct de chasseur, bien que déjà fortement amoindri par l’alcool, semblant vouloir m’indiquer la survenance d’un truc fort louche.

Et qui a-t-il de plus bizarre que de voir un des poulets du restaurant débouler en plein sur la piste de danse, la bave aux lèvres, brandissant d’une aile sanguinolente une machine à café Nespresso d’une génération assez ancienne. À moins que ce soit un modèle dernier cri aussi dégénéré que son propriétaire.
Bref, le gallinacé partait en lambeau et avec lui la suite de ma soirée.
Un vent de panique s’éleva depuis la foule quand le reste des cuistots à plumes complètement azimutés plongèrent sur l’affluence afin de les picorer en poussant des piaulements effrayants.
Apparemment, c’est tout le personnel du restaurant qui avait complètement perdu la boule. Par réflexe, j’en rebutai mon bol de frites, bien qu’il était déjà aux trois quarts vide.
Mais, le pire, c’est que chaque malheureux quidam, s’il ne mourait pas transpercé par les coups de bec de la dizaine de gallinacés fiévreusement survoltés, se relevait pour mieux prendre part à la fête. Ils bondissaient alors sur les autres, avec une seule idée en tête : bouffer de l’animal vivant.
Diable ! C’était déjà tout bonnement glauque et dégueulasse, mais ça commençait aussi à virer au sérieusement dangereux.

N’écoutant que mon cœur, ma queue et mon courage, je me jetais dans la foule afin d’en extraire mes deux copines, tellement fin saoules qu’elles continuaient de danser sans se rendre compte de l’horreur qui se tramait à dix mètres d’elles. Je les sortais de là sans ménagement, lorsque la plus vieille s’insurgea : le morceau de Rihanna qui passait était son préféré. La jeune ne bronchait pas, apparemment trop contente que je m’occupasse enfin d’elle. D’ailleurs, pour ne pas être séparé, je la sentis qui s’accrocha à mon appendice caudal, sensation aussi douce que douloureuse. Mais qu’importe, j’aurai tout loisir de la sermonner une fois qu’on sera à l’abri dans un arbre à l’orée des bois.

Nous traversâmes la cour en direction de la clôture au pas de course. Autour de nous, tout n’était plus que chaos, panique et hurlements. Les poulets zombies s’en prenaient à tout ce qu’ils croisaient, créant ainsi des chats zombies, des cochons zombies, et probablement une ou plusieurs vaches zombie si elles arrivaient à l’étable de l’autre côté de la ferme… Ce qui n’était en fait qu’une simple question de temps.
Alors que je jetais un coup d’œil en arrière pour évaluer la distance que nous avions mise sur le danger, une chèvre zombie déboula devant nous pour nous barrer le chemin. Elle avait la bave aux lèvres, et l’os de sa patte antérieure gauche dépassait depuis la chair déchiquetée.
Je m’arrêtai en catastrophe, pas bien aidé par le sol mouvant, faute à une alcoolémie de moins en moins euphorisante. La biquette, nous voyant ainsi à portée de son museau sanguinolent, nous présenta ses cornes, et fonça sur nous tête baissée. Alors que j’allais me faire empaler, la plus vieille de mes deux copines, dans un excès de lucidité assez incroyable considérant le regard vide qu’elle nous affichait depuis plus d’une heure, plongea sur nous et nous repoussa en dehors du trajet de notre assaillant. Forte d’une fureur peu commune, et probablement aussi dégénérée que les autres animaux atteints de cette étrange maladie, la chèvre continua sa charge, ayant déjà oublié jusqu’à notre existence.
Alors que j’aidais la chatte à se relever, je constatai que sa patte antérieure gauche avait été salement amochée par le coup de corne de la biquette. Marcher lui sembla déjà très compliqué. Nous avancions néanmoins tous les trois, bras dessus, bras dessous, nous approchant péniblement vers la clôture, unique objectif nous séparant d’un havre de paix et de tranquillité.
Sauf que nous progressions lentement.
Très lentement.
Trop lentement.
Bref, manquait plus que l’un de nous fût obligé de dégobiller une touffe de poil, et c’était définitivement la merde.

Évidemment, avec le karma grand-guignolesque que je me trimballe ces derniers temps, un troupeau de canard zombies nous repéra à une poignée de mètres de la haie. Ils se dirigèrent vers nous, le regard vitreux et la rage au bout du bec. Au pas de charge, nous aurions largement de quoi passer la rambarde, et nous enfuir.
Sauf que la vieille nous ralentissait de trop.
Pourtant, à aucun moment je ne songeai à la laisser tomber pour sauver mon épiderme. Je ne suis pas félin à abandonner mes semblables.
Cependant plus nous avancions, et plus il devenait impossible de rallier la haie à temps. Et à trois contre un troupeau de zombies coin-coin, je ne donnais pas cher de notre peau.
C’est alors que la vieille se desserra de mon étreinte, et claudiqua un mètre en direction des canards, avant de se retourner.
— Allez-vous-en ! Passez la barrière, et sauvez-vous.
Moi et la petite jeune, dont je n’avais toujours pas réussi à lui redemander le prénom, nous nous regardions, hésitant quant à la marche à suivre.
Devions-nous honorer le sacrifice de notre complice, et fuir comme des lâches ?
Ou devions-nous risquer notre épiderme pour mourir tous les trois ? Ou pire, finir zombifié par ce virus improbable venu du village ?
Parce que, foi de félin, 9 vies ne suffiront certainement pas pour survivre à ce fléau. Surtout que j’en avais déjà consumé quelques-unes.
La vieille fit à nouveau trois pas en direction des canards, qui se rapprochaient de plus en plus, puis se retourna.
— Fuyez, pauvres fous !
Son regard décidé ne laissa place à aucune forme de protestation possible.

D’un bond, nous passâmes tous les deux la barrière. Une fois à l’équilibre sur un poteau, je fis demi-tour pour constater que les palmipèdes nous avaient déjà oubliés, et qu’ils avaient jeté leur dévolu sur notre ex-compagne, qui claudiquait bassement en direction du tracteur. Je ne m’attardai pas à regarder la suite de son épopée, tant l’issue me paraissait des plus inéluctables.
Nous galopâmes jusqu’au chêne le plus proche. Trois bonds et deux coups de griffe plus tard, nous nous nichions sur la branche la plus large et la plus haute que nous trouvions. Là-dessus, la petite s’endormit, lovée dans mon pelage. Je la sentis tressaillir par moment. Elle avait peur. Et moi, pas loin…

Cela fait tout juste une poignée de minutes que je suis réveillé. Le soleil est déjà éminent dans le ciel, et je suis au pied de l’arbre.
Seul. Pas de chatte contre moi.
Tout est calme. Ai-je rêvé de cette histoire de zombies, de félines en chaleur, et de soirée apocalyptique ? Je scrute les alentours, espérant voir débarquer la frimousse de ma jolie femelle, un quelconque rat musqué entre les dents, prête à déposer une offrande à son nouveau mâle dominant.
Que nenni !
La seule chose qui surgit devant moi, c’est un poulet.
Il me regarde, je le regarde, il me regarde…
Il a les yeux vitreux, je ne m’offusque pas, ce n’est qu’un gallinacé après tout.
Un filet de bave coule depuis son bec…
Non, ce n’est pas de la bave…

C’est du sang…

Foutrailles !

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Merci.

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