Précédemment, à Verlan

IMG_5484Saison #1 : Une crise sans précédent secoue depuis plusieurs mois le village de Verlan. Anthime, le patriarche-monarque-despote du hameau a disparu. Face aux affidés du chef, Jacquouille, Monica, Antoine, Paô-Paô et Germain, qui essayent par tous les moyens de cacher l’évaporation de leur gourou, s’opposent une poignée d’autochtones menés par Apolline, Angus et Wilma-Jane. Ces derniers tentent de lever le voile sur ce qui pourrait bien changer le destin de leur bled. Et alors que Dimity, un ex-espion russe, venait de pénétrer secrètement dans les appartements d’Anthime, une violente déflagration secoua le village.
Saison #2 :
alors que le patelin se retape à peine de l’explosion de l’ultime étage de la Tour, Apolline s’enfonce sous les questions existentielles quant à son avenir, et à celui du hameau. Heikel et Jeikel, deux personnages sibyllins font leur apparition, ainsi qu’un mystérieux inspecteur qui tente de remettre de l’ordre au cœur du bled, mais se frotte à des forces obscures et à Jacquouille, bien décidé à fêter le millénaire du bourg…

La nuit commence doucettement à tomber, en même temps qu’un calme tout relatif sur l’ensemble du village. Afin d’aider les secours qui s’affairent depuis plus d’un demi-cadran, de grandes lanternes ont été disposées tout autour de la place centrale, ce qui fait qu’on y voit comme en plein jour. Bien pratique à l’heure de numéroter ses abatis et de poursuivre les opérations de sauvetage au sein de la Tour. Car après un nouvel effondrement, ce sont les quatre premiers sous-sols qui se sont affaissés en de très nombreux endroits, laissant craindre le pire pour toutes les personnes qui se trouveraient à l’intérieur.
Pour orienter les recherches, l’église du révérend Cœur-en-joie est devenue depuis plus d’une heure une vaste zone de recensement. Les gardes champêtres guident un par un tous les habitants du village histoire de se faire enregistrer en tant qu’être vivant. Méthode la plus simple, la plus rapide, et la plus efficace selon Jacquouille et ses flagorneurs afin de connaitre le nombre de personnes qui pourraient se trouver encore sous les décombres. Et de savoir qui est l’heureux élu à avoir été retrouvé mort, le corps calciné et enfoncé dans un mur partiellement détruit au second niveau des caves.

Pendant que pullulent les gens qui cherchent, fouillent, grattent, et parfois racontent n’importe quoi, un halo de lumière noie l’obscurité du dixième sous-sol. Une lumière puissante. Une lumière d’espoir et de mystère. Une lumière en provenance directe de la chrysalide qui gît en plein milieu du couloir central, jaillissant depuis un interstice qui s’élargi petit à petit.

Alors que le soleil de la fin de journée illumine une dernière fois le village de ses pâles lueurs, les rayons rasant par-dessus les montagnes mettent un coup de projecteur sur le grand nuage vert-de-gris qui stagne au-dessus du patelin, planant comme une ombre menaçante. Cette fumée est-elle à l’origine de l’attentat au cœur de la Tour ? S’il pleut, est-ce que l’eau aura un gout mentholé ? Et pourquoi le vent qui souffle de façon légère, mais continue, n’est pas à même de le faire bouger ?
Les questions fusent depuis les pourtours de l’église, et pourtant, personne ne peut apporter de réponse concrète. Le révérend Cœur-en-joie aurait bien une anecdote ou deux à raconter, mais personne ne fait vraiment attention à lui.
Rapatrié à l’intérieur de la grande tente de la maréchaussée, Jacquouille et Paô-Paô assistent de visu à la déposition de Derrick, seul membre des quatre spécialistes de l’occulte à avoir un tant soit peu récupéré ses esprits.
Ce dernier explique les agissements de sa petite troupe depuis qu’ils ont parqué leur van au milieu de la place du bled. Sentant de suite les émanations fantomatiques et putrides qui se dégageaient de la Tour et de ses occupants, ils se sont lancés dans une exploration détaillée des catacombes, histoire de dénicher le lieu idoine pour leur expérience. Retardés plusieurs jours par la tempête qui s’est abattue sur le village, ils se sont ensuite embarqués dans une alchimie aux frontières du réel. Le but de leur expérience est de dépister un endroit pour passer dans l’autre monde, afin de s’entretenir avec les entités spectrales du coin et de pouvoir poser un nom sur le cadavre raperché lors de l’explosion de la Tour en juin.

Leur méthode est fort simple. S’enfermer dans une pièce sèche en compagnie de leurs outils, et transformer le tout en grand fumoir. Psychotropes, opiacés, herbes des montagnes, houblon, la réussite de l’expérience dépend de la quantité et de la qualité des produits utilisés. Ne trouvant pas ce qu’ils cherchaient, malgré nombre de tentatives, Sammir a décidé de forcer les doses avec de l’éther. La défonce fut totale, certains spectres se sont même mis à apparaitre de façon fugace. Cependant, une envie pressante d’aller vidanger de la part de Dauphine a provoqué un appel d’air fatal, qui, couplé avec une étincelle venue d’on ne sait où, a occasionné la lourde déflagration.
— Ce n’est pas normal, s’inquiète néanmoins Derrick. Ça n’aura pas dû exploser de la sorte. Ca aucun sens… On s’est fait piéger…
Mais le grand blond n’a pas le temps de terminer sa phrase que Germain déboule sous la tente, le regard rougi, et la voix tremblante.
— Je crois qu’on a un problème… Un gros problème.
Germain attire son responsable, ainsi que l’inspecteur Ookeur et Derrick, jusque devant le parvis de l’église. Là, Monica compte une nouvelle fois un listing, la mine inquiète.
— C’est bien ça. On a tout le monde… Ou presque.
La secrétaire adepte du stylo dans la bouche explique que le recensement est presque terminé, et que trois noms de personnes absentes sortent du lot. Anthime lui-même, Dimitry et ce pauvre Antoine, que personne n’a vu depuis l’apéro. Les deux premiers sont barrés, sous prétexte que la liste de référence date de l’année dernière lors de l’opération de distribution des santons du Nouvel An. Mais le blase non biffé d’Antoine fait souffler un vent glacial sur l’échine de ses collègues. Car après avoir perdu leur maitre spirituel, ils ont grand crainte de voir claboter leur souffre-douleur ventripotent.
Germain a eu l’idée de dénombrer les gens encore dans la queue pour le recensement, et après un recomptage de la part de Monica, il apparait que seul Antoine est porté disparu.
Le silence choit sur la petite assemblée plus rapidement que les avertissements à partir du calepin de Mamie Carnet. Certains ont même pensé à aller chercher des cierges au fond de l’église, et de les allumer sur les marches en guise de pénitence.
L’émotion est palpable, bien qu’elle ne concerne qu’une poignée de personnes…
Au-dessus de leur tête, la fumée verte scintille légèrement comme si, malgré la tombée de la nuit, il voulait que tous les habitants du village se rappellent à son mystérieux souvenir.
Jusque là Derrick s’était laissé trainé par ses collègues de la maréchaussée sans vraiment rien dire ni comprendre. Il se met à dodeliner sur place, regardant fixement le nuage, inspirant à fond, comme s’il souhaitait humer son odeur.

Au cœur de la Tour, une dizaine d’étages sous les cierges posés sur le bitume, la chrysalide est désormais fendue en deux, dégueulant une vive lumière, et un sifflement strident…
Mais personne ne l’entend…

— Bon alors les gars, vous en faites une de ces têtes. Antoine, une cigarette fumante à la main, se glisse derrière le petit groupe encore en plein recueillement.
— Ouai, c’est parce qu’on pleure une personne disparue.
— Oh, c’est triste ça. Il est mort dans l’explosion ?
— Oui…
La moustache de Jacquouille est secouée d’un frémissement saccadé.
— J’ai bien fait de pas rester alors. Vous imaginez si je m’étais retrouvé coincé là-dessous juste pour déboucher des bouteilles.
C’est alors que toute l’assemblée se rend compte que le disparu qu’ils pleurent depuis un bon quart d’heure se tient à côté d’eux, une clope au bec, comme s’il était à l’apéro, un ou deux cocktails déjà dans le nez.
— Mais… qu’est ce que tu fous là ? s’exclame Paô-Paô, sous le choc.
— Pourquoi tu n’es pas allongé dans une caisse, encore noir et fumant ?
Jacquouille a définitivement le sens de la formule.
— Mais qui est donc le cadavre que nous avons retrouvé en bas alors ? Questionne Ookeur, qui ne perd jamais l’orientement des priorités.
— Quelqu’un a parlé d’une dépouille mortelle ? Vous avez réussi à tirer Bob de là ?
Derrick vient de reprendre pied dans la réalité après une poignée de minute totalement stone suite à un retour de trip provoqué par le nuage. Il semble fort enjoué.
— Bob ?
Antoine, Paô-Paô et Jacquouille s’exclament à l’unisson.
— Oui, c’est le surnom de notre compagnon de route.
— Compagnon de route ?
— C’est notre copain. On l’emmène un peu partout. Il n’est certes pas d’une très grande fraicheur. Mais enfermé dans son cercueil, il ne gêne pas pendant les trajets…
— Vous voulez dire que vous avez un cadavre dans votre van ?
— Pas exactement. Il s’agit plutôt d’un corps en décomposition.
— Un machabée donc…
— Non, car cela supposerait que Bob soit mort. Ce qui n’est pas le cas. Enfin, si. Mais son esprit est toujours là. C’est un peu comme une maison hantée. Bob est vivant, mais son organisme ne l’est plus. Il n’est pas très jovial, parfois même aigri, mais on ne le serait à moins. Il ne fait pas beaucoup de sport, mais il est très utile pour entrer en communication avec les spectres, et pour se souvenir d’un tas de chosesu tiles, comme la recette de la mayonnaise.
L’assistance tout autour regarde Derrick comme s’il venait d’annoncer vouloir tuer son percepteur des impôts, pour lui manger son foie avec des fèves au beurre et un excellent chianti !
— Entrer en communication avec la mayonnaise ?
Jacquouille semble avoir perdu un peu le fil de cette histoire.
— Mais du coup, si on a un mort qui n’en est pas un, si on a disparu qui a réapparu, que faisons-nous ici ?
— Oui, le troquet d’en face est encore ouvert, on pourrait se jeter un petit apéro pour digérer tout ça non ?
Le groupe des flagorneurs d’Anthime s’éloigne de la maréchaussée sans aucune autre forme de procès, conscient que son rôle dans cette sombre histoire est comme pour tout le reste, extrêmement limité.
Ils ne prennent pas le temps de saluer l’inspecteur Ookeur, déjà plongé dans les notes de son carnet en moleskine.
Ils ne s’inquiètent même pas de Derrick, à nouveau en train de danser sous le nuage, le regardant avec béatitude.
Ils ne remarquent pas non plus la petite détonation qui éclate dans le ciel, secouant la fumée verte scintillante, avant d’aller se disperser dans un coin à l’est du village.
Un qui ne perd pas une miette du spectacle est Derrick, qui se précipite sur le révérend Cœur-en-joie, lui aussi extrêmement pensif.
— Qu’y a-t-il de ce coté ?
— Euh, où ça ?
— Là mon père !
Derrick pointe du doigt l’endroit de la montagne où le nuage se vaporise.
— Hum, là-bas se trouve l’acense du vieux Tax si je ne m’abuse.
— Et il élève quoi votre fameux Tax ?
— Des lapins, des poules, des cochons, quelques chèvres… Des animaux de la ferme… Quelques cultures… On le soupsonne même de pratiquer la sorcellerie et les OGM…
— Mon dieu…
Derrick semble atterré.
— Ah, il a aussi un champ avec des petits canassons. Ils sont tous mignons tout plein…
— Des poneys ? Mon Dieu…
Sans demander son reste, Derrick retourne dans la tente de la maréchaussée, prêt à partager l’élan d’inquiétude qui l’étrein…

Au même moment, quelque part à l’est, un jeune homme fort bien bâti se redresse. Le halo de lumière verte qui l’entoure s’éteint doucement, alors qu’il époussette les derniers restes d’une sorte de coton tressé qui s’accroche à ses vétements.
Il arbore un t-shirt moulant noir, un abominable kilt vert. Il ne porte pas de godasses, mais des chaussettes dépareillées.
Ses pas légers foulent l’herbe humide en direction d’un enclos, qu’il enjambe sans aucun problème. Il se dirige vers une bête qui, seule, broute encore sans se douter du danger qui la guette. Le bellâtre s’approche du poney pour le caresser, regardant l’animal en souriant.
Alors que le nuage vert bouteille s’avance sur eux, l’éphébe génère une sorte de grosse bulle de protection, qui repousse la fumée, et l’empéche de toucher le petit destrier.
— Tu es jeune, tu es tout rose et tout mignon. Tu seras comme moi. Tu incarnera la joie de vivre.
Le poney pleure alors de félicité, mais sans voir que la végétation tout autour du dôme se met à jaunir et à flétrir…

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