S02E08 : Celui qui cherche les fantômes (part#2)

Précédemment, à Verlan

IMG_5484Saison #1 : Une crise sans précédent secoue depuis plusieurs mois le village de Verlan. Anthime, le patriarche-monarque-despote du hameau a disparu. Face aux affidés du chef, Jacquouille, Monica, Antoine, Paô-Paô et Germain, qui essayent par tous les moyens de cacher l’évaporation de leur gourou, s’opposent une poignée d’autochtones menés par Apolline, Angus et Wilma-Jane. Ces derniers tentent de lever le voile sur ce qui pourrait bien changer le destin de leur bled. Et alors que Dimity, un ex-espion russe, venait de pénétrer secrètement dans les appartements d’Anthime, une violente déflagration secoua le village.
Saison #2 :
alors que le patelin se retape à peine de l’explosion de l’ultime étage de la Tour, Apolline s’enfonce sous les questions existentielles quant à son avenir, et à celui du hameau. Heikel et Jeikel, deux personnages sibyllins font leur apparition, ainsi qu’un mystérieux inspecteur qui tente de remettre de l’ordre au cœur du bled, mais se frotte à des forces obscures et à Jacquouille, bien décidé à fêter le millénaire du bourg…

Le temps que la petite troupe arrive sur les lieux du drame, les secours pointaient déjà le bout de leur nez. En alerte suprême sur tout ce qui concerne le village depuis l’explosion du dernier étage de la Tour en juin, les pompiers et autres gardes champêtres se sont précipités dès le premier frémissement du sol, bien conscient que ce panache vert qui flotte désormais au-dessus de la place est loin d’être d’origine naturelle.
Jacquouille et ses sbires débarquent juste à temps pour voir une cohorte de soldats du feu, harnachés de leur combinaison fluo et de masques à gaz des plus impressionnants, s’enfoncer dans le bâtiment dont s’échappent encore quelques volutes de fumée à la couleur extravagante.

Une dizaine de minutes plus tard, une série de cris résonnent dans l’édifice. Certains policiers descendent pour prêter main-forte aux secouristes. Pendant ce temps-là, une agitation frénétique secoue la place du village. Un périmètre de sécurité est érigé à la va-vite, sous les protestations du révérend Cœur-en-joie qui ne comprend pas pourquoi on ne le laisse pas terminer la préparation de son homélie. Il tente vaguement de raconter une anecdote du temps où il subissait le même genre de répression militaire dans son bled natal. Mais il est renvoyé sans ménagement au-delà du cordon, loin de toutes oreilles pouvant être intéressées par son histoire. Tant pis pour eux, celle-là parlait de sa rencontre avec Tiburce, l’ancien professeur d’éducation physique de la Star Academy.
Un brancard est amené devant la porte d’entrée, et une première victime est extirpée de là. Il s’agit de Sammir, la grande gigue. Il est agité, et tient un discours incohérent au possible.
— Mon chien ! Où est mon chien ? Où est Scooba ? Il ne faut pas le laisser dedans, c’est le pays des chauves-souris ! Mon chien !
En pleine crise de démence, il balance une gifle au premier pompier qui passe. Ce dernier ne se démonte pas.
— Monsieur ! Où étiez-vous quand tout a sauté ? Que faisiez-vous ?
L’officier ne perd pas de temps. Plus il en sait sur cette étrange explosion, et plus il sera à même de coordonner efficacement les secours. Car pour l’instant, il a juste deux étages de caves sous les décombres, et un nombre de victimes encore indéterminé.
— Monsieur ! Vous étiez où au moment de la déflagration ?
— J’étais dans un zoo bourré de reptiles et quelqu’un servait de l’alcool à ces abominations.
Sammir est en plein délire. Il agrippe le pompier par le col.
— Tu as tes chaussures de golf ?
— Hein ? De quoi parlez-vous ?
— Des chaussures de golf ! Bon sang ! Comment veux-tu sortir vivant de cette mélasse sinon ?
— Savez-vous ce qui a causé l’explosion ?
— Des chaussures de golf, je te dis !
— Monsieur ! Calmez-vous ! J’ai besoin de connaître ce qui est à l’origine du fléau !
— C’est l’éther mon petit gars ! L’éther démoniaque !
— De l’éther ? Vous êtes sûr ?
— Oui ! De l’éther ! Ça vous fait vous comporter comme l’ivrogne du village dans un roman irlandais… C’est la disparition complète de toutes capacités motrices… vision brouillée, perte d’équilibre, langue pâteuse…
Mais le pompier ne l’écoute plus. Il empoigne une bonbonne d’oxygène, et colle un masque sur le nez du grand dégingandé plus pour qu’il se taise, plus qu’autre chose. Ce dernier semble apprécier la sensation planante qui en découle.

Au bout d’une heure d’agitation, c’est un total de huit personnes qui sont sorties des décombres. Toutes finissent sous une des tentes érigées à la va-vite sur la place du village afin de recevoir les premières observations et les premiers soins. Toutes sont gazées histoire de les tenir tranquilles, car elles présentent les mêmes symptômes, un état délirant généralisé, certain étant atteint d’hallucinations assez graves.

Jacquouille, en tant que responsable du bâtiment, est invité dans la plus grande des guitounes non loin de l’église. Il s’engage à côté du brancard charriant la blonde du groupe des quatre qu’il soupçonne déjà d’être coupable de ce nouveau drame dont le village se sera bien évidemment passé. Il surprend une bribe de la conversation, et cela lui glace le sang.
— D’abord, ta tête va enfler comme une pastèque, tu vas grossir de 50 kilos environ en deux heures. Puis, il va te pousser des griffes, des pustules cruentées. Et ensuite, tu vas perdre la vue, ton corps va se transformer en cire, il va falloir te mettre dans une brouette, et tu vas hurler à l’aide, ton cri sera celui d’un raton laveur. C’est ce qui va tous nous arriver dans ce village ! Vous verrez !
Sans chercher à en savoir plus, Jacquouille pénètre dans la tente où y marine un inspecteur vêtu sobrement d’un costard-cravate, ainsi qu’un pompier barbu, qui semble être le chef de cette bande d’amateurs de la grande échelle.
— Cher monsieur, est-ce vous le responsable de ce petit hameau source de tant de tourments ?
— Oui, enfin euh, non… Enfin oui…
— Alors, oui, ou non ?
— Oui, en attendant le retour du vrai dignitaire. Enfin, d’Anthime, quand on l’aura. Tout bien considéré, quand il pourra ? Bref, oui, c’est plus ou moins moi…
— Donc si vous êtes le chef, vous savez qui est à l’origine de ce malencontreux accident.
— Malencontreux ? C’est à dire, comme quand on plante des trucs dans la terre et qu’on attend que ça pousse ?
— Non, je ne crois pas que notre explosion a quelque chose à voir avec l’agriculture… En fait, que pouvez-vous me dire des agissements de la Mystery Team depuis une semaine ?
— De qui ça ?
— Vous ne lisez pas nos bandelettes ?
— Vos quoi ?
— Et la van au milieu de la place du village, quand même ?
— Oui, il gêne complètement la circulation !
Ce qui tient lieu d’inspecteur se prend la tête à deux mains.
— En partant du principe que vous ne savez rien, ce qui reste tout de même inconcevable vu la position que vous détenez dans la chaine alimentaire du bled, sachez que les meilleurs limiers ont été missionnés pour résoudre l’épineuse question concernant les drames qui jalonnent la vie du patelin depuis quasiment un an.
— Limier ? Comme les…
— Oui, mais non… Ma hiérarchie vous a d’abord envoyé l’inspecteur Gadgeto, le plus éminent fouineur de tout le pays…
— Tenez d’ailleurs, vous avez des nouvelles de votre fameux inspecteur ?
Jacquouille tente lamentablement de détourner la discussion qu’il ne comprend de toute façon pas.
— Il est toujours dans le même état végétatif. Je pense qu’il sait quelque chose, qu’il a vu quelque chose, et qu’une force occulte essaye de le faire taire en le métamorphosant de la sorte en limace.
— Vous avez de la chance, il pourrait se transformer en papillon.
Jacquouille est le seul à rire de sa blague assez malvenue. Son interlocuteur souffle…
— Ensuite, nous avons donc dépêché la Mystery Team, une fine équipe de spécialistes chargée d’éluder les problèmes paranormaux qui semblent fouetter votre région avec insistance.
— Des problèmes paranos… C’est comme quand il pleut c’est ça ?
— Ce sont des docteurs en occultisme. Ils ont résolu par le passé tout un paquet d’affaires mettant en cause des fantômes, des forces surnaturelles et autres éléments qui dépassent le cadre même de nos enquêtes plus terre à terre.
— Ah, très bien. C’est toujours utile ça d’avoir de bons yeux quand on cherche quelque chose.
— Des bons ? Yeux ?
L’inspecteur semble définitivement décontenancé par les remarques de son interlocuteur.
— Ben oui, mais bon, vos spécialistes de l’occultes, vous ne trouvez pas qu’ils ont l’air un peu trop louches pour travailler chez grand Optical ?
— Non, justement, ils ont l’attitude idoine. Mais elle est certes un peu étrange pour le commun des mortels. En effet, au fil des ans, d’enquêteur aventureux et efficace, ils sont devenus de vrais experts chevronnés, mais drogués.
— Mais pourquoi avoir choisi des schnoufards notoires pour ce genre de mission ?
— Monsieur, vous savez, dans notre métier, surtout dans cette branche peu reconnue qu’est l’occulte et le paranormal, il faut en avoir comme on dit.
— Avoir des commondis ? C’est quoi ?
— Mais, non, vous savez, en avoir dans le pantalon.
— Oui, c’est plus discret pour transporter la marchandise. Mais au fait, vous vous appelez comment, monsieur ?
Le chef des pompiers, qui regardait jusque là ce débat sans queue ni tête, s’éclipse, apparemment hélé par un problème requérant sa haute expertise.
— Je suis l’inspecteur Ookeur.
— On vous a déjà dit que vous ressembliez à l’acteur de la série Star Trek cher commissaire ?
— Tout le temps… On me le dit tout le temps… 
Il souffle, fortement agacé.
— Paix et prospérité… Paix et prospérité…
Son murmure parvient tout de même aux oreilles de Jacquouille, dont le nuage vert semble faire aussi effet sur sa petite personne.
— Vous avez des gazes ? Des flatulences ? Vous en êtes propriétaire ?
— Non, mais non… Mais qu’importe, c’est pas là le sujet. Je suis en train de vous dire que des spécialistes sont venus dans votre village pour…
— Et pourquoi des drogués ? Pourquoi vos virtuoses des lunettes ont-ils sombré dans les psychotropes dans le cadre de leur travail ?
— Parce que leur mission aux confins du paranormal nécessite une approche extrême. Et un toxicophile est paré à toute éventualité. Il peut voir sa grand-mère morte, grimper le long de sa jambe, un couteau entre les dents, et ne pas s’en offusquer. Vous savez, il est…

De nouveaux cris se font entendre depuis la Tour. Nettement plus virulent que les autres cette fois-ci. Suivi d’un autre tremblement sourd, moins puissant que le précédent, mais suffisant pour attirer la curiosité de tous les gens présents sur la grande place. Tous se tournent vers la Tour, à temps pour dévisager une poignée de pompiers s’extirpant d’un nuage de poussière, affolés.
— Tout un niveau s’est effondré ! C’est terrible, il y avait encore des gars à nous là-dedans !

Alors que d’autres secours s’affairent pour intervenir à nouveau dans les tréfonds de la Tour, loin, très loin vers les entrailles de la Terre, à une dizaine d’étages sous la surface du village, une sorte de chrysalide de taille humaine s’extrait d’une des galeries fortement secouées par les remous de l’explosion…

Une lueur vert bouteille s’en échappe faiblement…

On ne va pas vous mentir : la poussière retombe lentement sur la grande place du village de Verlan. La suite va donc devoir attendre que les pompiers déblayent un peu tout ça…
Rendez-vous demain, en début de matinée pour la dernière partie de cette sombre histoire

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