S02E08 : Celui qui cherche les fantômes (part#1)

Précédemment, à Verlan

IMG_5484Saison #1 : Une crise sans précédent secoue depuis plusieurs mois le village de Verlan. Anthime, le patriarche-monarque-despote du hameau a disparu. Face aux affidés du chef, Jacquouille, Monica, Antoine, Paô-Paô et Germain, qui essayent par tous les moyens de cacher l’évaporation de leur gourou, s’opposent une poignée d’autochtones menés par Apolline, Angus et Wilma-Jane. Ces derniers tentent de lever le voile sur ce qui pourrait bien changer le destin de leur bled. Et alors que Dimity, un ex-espion russe, venait de pénétrer secrètement dans les appartements d’Anthime, une violente déflagration secoua le village.
Saison #2 :
alors que le patelin se retape à peine de l’explosion de l’ultime étage de la Tour, Apolline s’enfonce sous les questions existentielles quant à son avenir, et à celui du hameau. Heikel et Jeikel, deux personnages sibyllins font leur apparition, ainsi qu’un mystérieux inspecteur qui tente de remettre de l’ordre au cœur du bled, mais se frotte à des forces obscures et à Jacquouille, bien décidé à fêter le millénaire du bourg…

La Tour de Verlan est un vaste bâtiment moyenâgeux érigé à la façon des icebergs. Pour les quatre étages qui émergent du sol, dont un en partie détruit et pour lequel les travaux de réhabilitation sont indéfiniment bloqués à cause d’une procédure administrative incompréhensible, c’est le triple de niveaux de catacombes qui s’enfoncent dans la terre. Enfin, il ne s’agit là que de ce qui avait été recensé par l’expédition d’Alberte Munu, grande Verlanniene du siècle précédent qui n’avait peur ni des rats géants, ni des chauves-souris, ni des cadavres dans les placards. Parce qu’au final, personne n’a jamais su vraiment ce qui pouvait se cacher au-delà du sima, et quels secrets enfermait la Tour de ce mystérieux village bientôt millénaire…

Si les deux étages de caves sont souventefois fouillés, notamment par ceux qui souhaitent profiter du calme et de l’intimité de ces lieux pour s’adonner à de petits jeux discrets, tels que la crapette, le contre-sirop ou le cocufiage, le reste des catacombes gît sous une forte couche de poussière, témoignage de l’abandon qui frappe ce coin depuis fort fort longtemps.
Et pourtant, depuis une dizaine de jours, les sous-sols de la Tour de Verlan font l’objet d’une sorte d’agitation silencieuse. Le premier niveau, les caves, est très régulièrement visité par Jacquouille et sa troupe, qui cherchent dans la vaste remise d’alcool, quelques perles pouvant être proposées pour impressionner la plèbe lors de la fameuse fête du millénaire si chère au sous-chef à moustache.
Déjà, ils ont trouvé à l’intérieur du frigo de feu le suprême du bourg, une vieille bouteille de rouge entamée une bonne année auparavent. Entre l’odeur et la faune qui papillonnait à l’intérieur, Jacquouille a considéré cela comme une vraie pièce de musée, et a vivement souhaité s’en servir pour flanquer le somptueux gâteau qui clôturera son banquet des dix siècles. Ses affidés demeurèrent sceptiques. Mais personne ne put aller contre la volonté du chef bis du village.
— Au pire, on aura un vinaigre passable pour accompagner la salade, murmura Antoine.
— La salade ? Quelle salade ?
La réaction de Jacquouille ne se fit pas attendre, tant il était outré.
— Point de lactucas à mon banquet du millénaire. Je veux des mets fins, et de l’alcool de qualité, surtout en ce qui concerne le vin, où je serai des plus attentifs… Mon palais est si sensible.
— Qu’est-ce qu’on en a foutre du picrate ? Antoine ne décolère pas. De toute façon, la majorité des invités ont largement dépassé la date limite de fraîcheur, et aucun d’entre eux n’a encore les papilles en état de marche. Tu leur filerais de la pisse de chamelle en chaleur qu’ils ne verraient pas la différence ces pécores.

Ce sera le dernier mot que prononcera Antoine avant que Jacquouille ne l’expédie manu militari au fin fond des caves afin de participer activement au débouchage des bouteilles de rouge déjà sélectionnées par le maitre de cérémonie. Un tire-bouchon et un peu d’huile de coude accompagneront le vil affidé jusqu’à la fin de la semaine.
Mais la journée est loin d’être perdue pour lui, car Antoine découvrit que le sous-sol Verlan est agité d’une frénésie toute particulière. Les inconnus dans le vent avec leur dogue allemand au ricanement sinistre et leur van vétuste qui bloque la circulation sur la place de la Tour furent plusieurs fois aperçus dans les catacombes. Ils avaient les bras chargés de cagettes pleines de produits que n’aurait pas reniées Joey au moment de fabriquer sa fameuse stout de Noël, celle qui a l’odeur de la térébenthine, le gout du pétrole et des grumeaux à la provenance insoupçonnée.
Mais Antoine se garda bien de dénoncer ces manœuvres frauduleuses, d’une part afin de manifester son mécontentement vis-à-vis de la hiérarchie. D’autre part, parce plus personne ne se trouvait sur place. Ils avaient tous planté le bivouac devant la banque de Verlan en vue d’une négociation pour obtenir le financement idoine pour leur méga sauterie.

L’après-midi est à son zénith alors que Jacquouille et Monica trépignent dans le bureau de Thorina, la seule et unique bailleuse de fonds du village, responsable de l’agence Air-et-bord, fournisseur officiel de richesses et de prêts à taux évolutifs. Personne ne sait vraiment d’où proviennent les crédits qu’elle aligne copieusement depuis des décennies, mais force est de constater qu’à Verlan, quand on connaît comment le demander à Thorina, les cordons de la bourse ne sont jamais serrés.
La réunion, qui devait n’être qu’une formalité, ne se passe pas comme prévu. Thorina, particulièrement virulente, commence sa diatribe en exposant par le menu toutes les dépenses qui ont été effectuées par l’administration de la Tour ces dernières années.
— Le règne d’Anthime a été marqué par une grosse tendance au n’importe quoi. Vous m’avez demandé des sous, toujours plus, avec des justificatifs assez vagues. Comme vous avez su endormir ma méfiance avec vos sorites capillairement lourdingues, j’ai souvent lâché les fonds pour avoir la paix. C’était facile à une époque où l’or coulait sous la montagne. Désormais, ce n’est plus le cas.
N’écoutant pas le reste des explications, Jacquouille s’insurge. S’en suit un vrai dialogue de sourds, entre le chef bis du village qui particularise qu’Anthime n’est pas en feu, et qu’il se porte cahin-caha dans un gîte de repos de l’autre côté de la vallée. En face, Thorina plaide sa cause de la fermeture du robinet à devises, avec une histoire assez sordide de milliers de nains morts, transformés en barbecue à cause d’un dragon centenaire qui voulait faire de leur mine son petit pied à terre.
Pendant ce temps-là, Monica, qui ne comprend pas grand-chose ni aux maisons de retraite ni à la procréation des lézards ailés, se prend la tête à deux mains en signe de dépit.
— Bon, et alors, on fait quoi ?
— Peut-être qu’il faudrait faire un peu plus attention. Profitez donc du départ d’Anthime pour faire de l’ordre dans votre bâtiment, et arrêter de gérer n’importe comment, clame la banquière.
— De quoi n’importe comment ? s’inquiète Jacquouille.
— Elle a dit « gérer », réplique Monica. Mais ne te bile pas, je t’expliquerai.
— Oui, c’est ça, il faut une meilleure gestion.
— Ah non, s’exclame Jacquouille. Je vous l’ai déjà dit, je veux des mets fins à mon banquet. Pas un vulgaire steak avec de la sauce coincé entre deux tronçons de pain !
Monica se tape la tête contre le bureau, alors que Thorina s’enfonce lentement dans son fauteuil.
— Mais non Jacquouille. On ne te parle pas de hamburger ! On te parle de gestion.
— Mais tu es sûr que ça ne suppose pas quelque chose entre deux tranches de brichetons ?

La discussion s’éternise. Monica est atterrée tandis que Thorina reste inflexible : elle veut apposer une fin de non-recevoir à Jacquouille et ses sbires pour cette fois, histoire de marquer le coup. Cet accroc sonnerait le glas des ambitions démesurées de la fiesta du millénaire. Sauf que le débat est interrompu de façon virulente par une violente secousse qui ébranle les fondations du bâtiment, ainsi que ceux des alentours. Un stylo-plume manque de choir à même le sol, mais c’est sans compter le réflexe de Monica, qui jamais ne laisse tomber par terre un accessoire qu’elle convoite au suçotement.
Inquiet, Jacquouille se lève et se dirige par la fenêtre, pour apercevoir un panache de fumée vert bouteille s’élever loin au-dessus du hameau
— Merde ! La Tour vient encore de subir un attentat !

Sans aucune autre forme de procès, les trois protagonistes de cette réunion au sommet s’expulsent du petit bureau et se précipitent vers le lieu du drame…

Les pompiers bloquant déjà la route vers la Tour, la suite ne sera pas en ligne avant que tout soit déblayé…
… soit autour des 13h tout à l’heure…

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