Précédemment, à Verlan

IMG_5484Saison #1 : Une crise sans précédent secoue depuis plusieurs mois le village de Verlan. Anthime, le patriarche-monarque-despote du hameau a disparu. Face aux affidés du chef, Jacquouille, Monica, Antoine, Paô-Paô et Germain, qui essayent par tous les moyens de cacher l’évaporation de leur gourou, s’opposent une poignée d’autochtones menés par Apolline, Angus et Wilma-Jane. Ces derniers tentent de lever le voile sur ce qui pourrait bien changer le destin de leur bled. Et alors que Dimity, un ex-espion russe, venait de pénétrer secrètement dans les appartements d’Anthime, une violente déflagration secoua le village.
Saison #2 :
alors que le patelin se retape à peine de l’explosion de l’ultime étage de la Tour, Apolline s’enfonce sous les questions existentielles quant à son avenir, et à celui du hameau. Heikel et Jeikel, deux personnages sibyllins font leur apparition, ainsi qu’un mystérieux inspecteur qui tente de remettre de l’ordre au cœur du village, mais se frotte à des forces obscures et à Jacquouille, bien décidé à fêter le millénaire du hameau…

Depuis le retour de Jacquouille au village il y a une semaine de cela, l’activité bat son plein, sans temps morts ni trompettes. En dehors des heures légales, et du saint sacrement de l’apéro, évidemment. Le chef en second du hameau a décidé à l’unanimité de sa moustache, d’organiser d’immenses festivités pour célébrer le premier millénaire d’existence du patelin. Cependant, certains sont dubitatifs, personne n’ayant pour l’instant réussi à prouver avec précision la date de création de leur bled, et donc son âge véritable.

Aujourd’hui, Jacquouille est encore plus tout feu tout flamme que les jours précédents. En effet, la bombance est au rendez-vous. Différents fournisseurs sont attendus, avec autant de tests produits à propos du banquet qui sera offert aux villageois pour l’occasion. Des camions entiers se pressent sur le petit chemin départemental menant au patelin, au grand dam des randonneurs et des paysans voisins qui ne gouttent guère à ce remue-ménage intempestif.
Malheureusement, un premier obstacle s’élève sur la route de la luxure des pontes du hameau. Mamie Carnet n’a rien trouvé de mieux aujourd’hui que de se dresser au milieu de la chaussée alors qu’une colonne de trois poids lourds de la société « les Arches d’ors » tentait de se frayer un trimard jusqu’à la Tour. Freins qui grincent, auriges qui pestent, macadam qui tremble… Rien ne fait bouger la baderne, droite comme un P, brandissant son célèbre calepin. Impossible de passer.
Elle est d’ailleurs rapidement rejointe par un certain nombre de villageois, des vieux, des jeunes, et même Heikel et Jeikel, qui profitent ainsi de l’occasion pour enfoncer le clou et mettre à mal l’autorité vacillante des pontes de la Tour. Évidemment, Angus, seul représentant de la maréchaussée habilité à faire respecter les lois du patelin à ses habitants, ne peut rien faire face à la masse des gens, et les trois camions restent bloqués pendant de très longues heures.

Heureusement, Jacquouille eut l’idée de tracer un itinéraire bis, et les autres véhicules purent prendre un chemin détourné afin d’arriver à bon port. Cependant, le trajet n’est pas plus simple, tant s’en faut. De venelles en culs-de-sac, de rues aux pavés défoncés en virages serrés, la cohorte des poids lourds mit plus d’une heure pour tricoter le petit kilomètre qui sépare l’entrée du village à la place de la Tour.
Et quand ils arrivent à bon port, les camions se trouvent encore confrontés à un problème de taille. Enfin, un emmouscaillement avec leur corpulence imposante, qui se meut très péniblement autour du rond-point le long duquel un vieux van Volskwagen, garé là depuis quelques jours, empêche les livreurs de manœuvrer. Les propriétaires, quatre jeunes gens et un dogue allemand sont portés disparut. Et personne ne semble savoir ce qu’ils sont advenu depuis leur arrivée en catimini l’autre soir.
La seule à avoir des informations fiables à leur sujet est Apolline, qui les a déjà aperçus par deux fois descendre dans les catacombes, et qui de temps en temps respire une odeur particulière en provenance des tréfonds de la Tour. Malheureusement, personne n’a cru bon de venir interroger la naine, qui s’est bien gardée d’en dire plus, se délectant de voir les fauteurs du bled s’entremêler les pinceaux dans cette histoire acadabrantesque.
Paô-Paô a été mandaté en urgence auprès de la délégation policière sur place, mais aucun fonctionnaire assermenté n’a voulu répondre favorablement sa requête. Tous ont eu la même réflexion à l’encontre du gros affidé d’Anthime : nous ne sommes pas habilités à faire autre chose qu’enquêter sur les attentats qui ont frappé votre patelin, et tué vos gens. Insistant un tantinet sur la chose, il ne reçut en retour qu’un simple « lisez vos bandelettes » qui le laissa de glace. 
La stupeur et l’incompréhension habitent dès lors l’ensemble des pontes du bled. Qu’est-ce donc qu’une bandelette ? Et qui dans le village est à même de les éclairer à propos de cette mystérieuse machine et de ces gens ?

Alors que nul camion n’avait encore pu installer convenablement ni barda ni boustifaille, l’heure de l’apéro de début de fin de journée résonne depuis la grande cloche de l’église du révérend Coeurenjoie. Par delà le pic qui surplombe le patelin, le soleil a déjà planqué ses rayons tandis qu’un léger vent froid vient secouer les os des passants qui ont oublié leur chandail sur leurs patères en partant.
Apolline, qui avait du lait sur le feu, n’attend même pas l’épilogue de la volée de beffrois, boucle son standard téléphonique, et se précipite en dehors de la Tour. Malheureusement pour elle, elle tombe sur Jacquouille, qui la moustache frémissante, se tenait sur le perron, observant tour à tour le ciel menaçant et l’enchevêtrement de camions qui bouchonnait l’intégralité de son hameau. Son œil palpite en constatant le départ diligenté de la naine, et sans prendre de gant, s’élance à sa rencontre.
— Mais que fais-tu donc là ? Son ton est sans équivoque : il est fâché.
— Ben, je m’en vais. Il fait pas beau, je n’ai plus rien à faire, et j’ai un ami dans la panade avec son Dax.
— Et parce que tu as un ami dans la tapenade, tu te crois permis de débaucher avant l’heure ? Non, non, non, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne ici. Tu vas faire demi-tour, et tu vas retourner à ton poste. Tu diras à ton ami qu’il n’a qu’à être dans la baignade en dehors des heures de boulot…
Choquée par le comportement de son supérieur hiérarchique, la naine tourne les talons, et s’enfonce à nouveau dans la Tour, alors que Jacquouille reprend son observation avisée, bien qu’inutile, du ballet des poids lourds au milieu de sa grande place.

Un quart d’heure plus tard, Apolline quitte enfin la Tour, après avoir échappé à la surveillance du chef en second. Ce dernier est précipitamment rentré à son bureau pour chercher son horrible plaid de couleur saumon qu’il ne sort que quand le vent fouette le village. Avant même d’arriver sur le perron, la mirmidonne croise plusieurs membres de la maréchaussée en train de porter l’inspecteur Gadgeto, à nouveau roulé dans une couverture, bavant de tout son soûl.
— Pauvre homme, se lamente Apolline. Sur un malentendu, il aurait pu nous débarrasser d’un ou deux affidés d’Anthime…
Déboulant aussi vite que la porte ses courtes jambes, Apolline passe devant le troquet de la place du village, et remarque que Paô-Paô, Germain et Antoine sont installés à leurs sièges habituels, non loin de la baie vitrée. D’un coup d’œil rapide, la naine note que les verres des trois compères sont déjà très entamés. Ce qui, connaissant la descente vermoulue de ces trois sbires et la lenteur du service de l’échoppe, permet de chiffrer leur présence dans l’estaminet à une bonne demi-heure. Les raccourcis se font très haut-le-pied dans le cerveau de la plus petite femme de Verlan.
— La bande de vieilles noix ! Ils sont partis un peu avant moi, et personne ne leur a rien dit. Et moi qui me rendais pour aider un pote…

Le reste de la bordée d’insultes lâchée par la naine sera couverte par le grondement sourd du tonnerre. Un orage approche, et il est du genre violent…

Vous pourrez retrouver la suite de l’épisode hebdomadaire au cœur du village de Verlan une fois que l’orage se sera dissipé…

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