Précédemment, à Verlan

IMG_5484Saison #1 : Une crise sans précédent secoue depuis plusieurs mois le village de Verlan. Anthime, le patriarche-monarque-despote du hameau a disparu. Face aux affidés du chef, Jacquouille, Monica, Antoine, Paô-Paô et Germain, qui essayent par tous les moyens de cacher l’évaporation de leur gourou, s’opposent une poignée d’autochtones menés par Apolline, Angus et Wilma-Jane. Ces derniers tentent de lever le voile sur ce qui pourrait bien changer le destin de leur bled. Et alors que Dimity, un ex-espion russe, venait de pénétrer secrètement dans les appartements d’Anthime, une violente déflagration secoua le village.
Saison #2 :
alors que le patelin se retape à peine de l’explosion de l’ultime étage de la Tour, Apolline s’enfonce sous les questions existentielles quant à son avenir, et à celui du hameau. Heikel et Jeikel, deux personnages sibyllins font leur apparition, afin de la soudoyer de reprendre sa guerre contre Anthime et ses affidés. Un mystérieux inspecteur tente pendant ce temps-là de remettre de l’ordre au cœur du village, mais se frotte à des forces obscures…

Une fumée noire remplit la salle.
Germain, tout à son aise d’avoir à nouveau gagné au Shifumi, commençait à déballer son service trois-pièces dans le but de trousser Monica en levrette, eu un mouvement de recul.
Une voix surgit alors de nulle part… Une voix… Cette voix…
« Go Go Gadgetto pouvoir du crâne ancestral ! »
Qu’est-ce que cela pouvait donc bien dire ?

— Germain… Oh, Germain !
Une main secoue l’épaule de la grande nouille affidée d’Anthime. Ce dernier se redresse, surpris et confus d’avoir été ainsi réveillé en plein du repas.
— Ça va Germain ? C’est la troisième fois entre les tapas et la pizza que tu t’endors de la sorte…
— Oui… C’est les médocs… Je ne crois pas que j’aurai dû prendre un verre de blanc…
Comme pour se donner bonne contenance, il se sert une nouvelle part de pizza dont il mâchonne un bout sans grande envie, sous le regard inquiet de ses comparses.
Le médecin de la police l’a laissé partir dans la matinée, estimant que le choc de son agression de l’avant-veille était désormais passé, et qu’il pouvait reprendre pied dans la réalité, et surtout se remettre au boulot. Pour fêter cela, Antoine et Germain l’ont invité à manger au petit troquet en face de la Tour. Malheureusement, le cœur de Germain n’y est pas vraiment.
— Tu ne veux pas aller voir un toubib ? Je veux dire, un vrai. Je peux te filer l’adresse d’un gars qui travaille pour un village voisin. Il trouve toujours tout ce que j’ai, même quand je lui sors des trucs pas possibles.
— Ben pour quoi faire ?
— Je ne sais pas, pour te soigner pardi. Ça peut être utile non ?
— Non, ça va…
— Pourtant, on ne dirait pas, tu as…
— Ça va, c’est bon !
Si les paroles du grand sportif du dimanche se veulent rassurantes, la façon virulente avec laquelle il a fait claquer sa main sur la table, mais aussi sa tête de chafouin trahissent absolument du contraire. Quelque chose ne va pas, c’est certain, il a le regard des gens qui l’ont de travers. Mais personne ne moufte plus jusqu’à l’arrivée des digestifs…

Le début d’après-midi est des plus ternes au sein de la Tour. Jacquouille continue de souffler le froid et le chaud auprès des pauvres travailleurs qui œuvrent pour faire en sorte que l’administration de la Tour ressemble toujours à quelque chose, malgré les remous et les turpitudes de cette période des plus mouvementées.
On ne sait pas d’où est sortie cette illumination saugrenue, mais le chef en second du bourg a décidé de fêter en grande pompe le millième anniversaire de la création du hameau. Depuis son retour, soit pas plus d’une poignée d’heures, il s’active à brasser les idées et les devoirs de chacun afin que tout le village se souvienne pendant un dix siècles de cette saturnale du millénaire.
Pas sûr que tous les administrés du patelin savent vraiment de quoi il en découle réellement, mais qu’importe. Il s’affaire, la moustache toujours vaillante, faisant fi des comateux, des décédés, des souffreteux, des restrictions budgétaires, du manque de place et des mystères de plus en plus opaques qui entourent la Tour et ses habitants.
Il va et vient dans tous les bureaux du troisième étage, brassant du vent, soulevant des points suréminents, comme le nombre exact de bancs publics du hameau, ou la taille du clocher de l’église. Retournant à son bureau, la moustache frétillante d’un sourire lourd de satisfaction, il constate que Germain n’est pas seul, et tant mieux, le pauvre bougre semble vraiment les avoir de travers aujourd’hui

— Mais ce n’est pas vrai, ça va… Les gars, je vais devoir vous le répéter combien de fois ?
Paô-Paô et Antoine dévisagent Germain du regard des gens pas convaincus, lui faisant comprendre qu’ils savent que leur ami n’est pas en très grande forme.
— Ne te fatigue pas. À ta place, on le serait à moins… Tu t’es fait sauvagement agresser par ce flic. On raconte même qu’il a déjà tué des innocents à Verlan…
— Non, mais ce n’est pas ça.
— Ben si quand même. Il t’a sauté dessus. Tu avais le pantalon taché de sang, ce n’est pas rien. Ce grouillot doit pourrir en taule !
— Mais non, mais… Il… Il n’y est pour rien.
— Quoi ? Paô-Paô s’offusque, constatant ainsi que sa courte carrière d’avocat s’achève sur un échec cuisant.
— Il ne t’a pas agressé ? Que t’arrive-t-il alors ? Tout le monde le voit. Tu les as de travers. C’est une évidence. Tu ne devrais pas être là.
— Oui, mais je dois travailler.
— Tu dois surtout te soigner.
— Tu les as de travers, insiste lourdement Paô-Paô, comme si l’analyse d’Antoine tenait lieu de diagnostic médicalement vérifié.
— Non, je ne les ai pas de travers… Je les ai… En fait, je me les suis coincés !
Un voile d’incrédulité frappe le petit groupe, tandis que Paô-Paô, mu par un réflexe de survie, ferme la porte du bureau de son ami.
— Qu’entends-tu par « coincé » ?
— C’est pourtant simple. Va pisser, et remonte ta braguette trop violemment. Tu comprendras bien vite.
Antoine tire une grimace, tandis que Paô-Paô reste aporétique.
— Une braguette ? Loin de moi cette idée. Je n’ai que des boutons. Les braguettes ne tiennent jamais sur mes pantalons…
La remarque tombe un peu dans le vent, alors que Germain regarde le grand vide qui se trouve devant lui.
— Vous ne fatiguez pas, Germain les a encore de travers…
La naine vient de pénétrer sans tambour ni trompette dans le bureau de Germain, portant un télex fraichement arrivé sur le fax de son standard téléphonique.
Antoine et Paô-Paô, se sentant un peu en trop, s’éclipsent. Difficile de continuer ce genre de conversation personnelle devant ce témoin gênant…

Une fumée noire remplit la salle.
Germain, tout à son aise d’avoir à nouveau gagné au Shifumi, commençait à déballer son service trois-pièces dans le but de prendre Monica en levrette, eu un mouvement de recul.
Une voix surgit alors de nulle part… Une voix… Cette voix…
« Go Go Gadgetto pouvoir du crâne ancestral ! »
Qu’est-ce que cela pouvait donc bien dire ?
Germain se redresse. Une forme se jette sur lui. Une ombre approche. Monica a déjà disparu sous le lit. Vite, il remonte sa braguette.
Mais il oublie quelque chose.
La douleur foudroyante qui lui zèbre le bas-ventre se rappelle à son bon souvenir. Avant d’envoyer sa conscience dans une nébuleuse pleine de coton.

Germain hurle, et redresse sa tête. Il est seul dans le petit troquet de la grande place du village. Ses amis sont partis. Leurs verres sont vides. Le sien aussi.
Par chance, l’addition a déjà été payée.

La nuit tombe impavidement sur Verlan. Chacun est rentré dans ses pénates, ou n’est pas loin de le faire.
Alors que Germain s’éclipse, conscient de son piteux état général, et du fait qu’il vient de rater sa séance hebdomadaire de planche sportive.
Alors qu’Apolline entame la lecture d’un nouveau roman, le premier tome d’Autre Monde, de Maxime Chattam.
Alors que Wilma-Jane ronfle déjà du sommeil du juste.
Alors que Paô-Paô, en bas de chez lui, essaye de rester debout malgré son siège protubérant qui tangue un peu trop, faute à un trop-plein de mojitos.
Alors que Violeta remonte jusque chez elle, regardant avec déréliction la dernière missive que Mamie Carnet lui a fait parvenir.
Alors qu’Angus enfourne une nouvelle pizza quatre fromages que vient de lui commander un des policiers en faction au pied de la Tour.
Un vieux van Volskwagen datant du milieu des années soixante s’engouffre dans le village par son versant sud. Le sabot vétuste de couleur vert pomme et bleu ciel toussote et crachote jusqu’à la place centrale, avant de se garer juste en face de la Tour.
Un dogue allemand descend du véhicule, et se précipite vers le bahut à pizza pour aller se soulager contre un des pneus. Un grand gaillard dégingandé sort à sa suite. Il se tient le temps d’une poignée de battements de cœurs face à la Tour, puis se retourne vers la camionnette.
— C’est bon les gars, je crois qu’on est enfin arrivé !

À ses pieds, Angus entend le dogue allemand émettre comme une sorte de ricanement…

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