S02E05 : Celui qui piquait le rappel (part#2)

Précédemment, à Verlan

IMG_5484Saison #1 : Une crise sans précédent secoue depuis plusieurs mois le village de Verlan. Anthime, le patriarche-monarque-despote du hameau a disparu. Face aux affidés du chef, Jacquouille, Monica, Antoine, Paô-Paô et Germain, qui essayent par tous les moyens de cacher l’évaporation de leur gourou, s’opposent une poignée d’autochtones menés par Apolline, Angus et Wilma-Jane. Ces derniers tentent de lever le voile sur ce qui pourrait bien changer le destin de leur bled. Et alors que Dimity, un ex-espion russe, venait de pénétrer secrètement dans les appartements d’Anthime, une violente déflagration secoua le village.
Saison #2 : 
alors que le village se remet à peine de l’explosion du dernier étage de la Tour, Apolline s’enfonce sous les questions existentielles quant à son avenir, et à celui du hameau. Heikel et Jeikel, deux personnages mystérieux font leur apparition, afin de la soudoyer de reprendre sa guerre contre Anthime et ses affidés. Malheureusement, la naine est lasse, tandis que les évènements s’accélèrent, et que les cadavres s’amoncèlent...

Le silence retombe dans la pièce. Lourd, et pesant. Un peu trop même.
— Et donc la lecture de cette missive a énervé l’inspecteur.
— Pas tout à fait. En fait, je ne suis pas certain qu’il ait compris tous les mots employés par la baderne. C’est surtout l’insistance qu’elle a mise derrière qui a fait péter les plombs à Gadgeto. C’est quand il m’a tendu la feuille en hurlant que j’ai pigé qu’elle était en grand danger. J’ai juste eu le temps de pousser Mamie Carnet qu’il avait déjà envoyé le gros poing américain de son chapeau, qui a filé tout juste entre nous deux. Je me suis alors accroché à lui, bloquant ainsi un nouveau Go-Go-Gadgeto coup de pied dans le derche. Puis à l’aide d’un de ses collègues, nous nous sommes éloignés. Ensuite, je suis venu en courant jusqu’ici. Il faut qu’on fasse quelque chose Robert, ça ne peut plus durer cette histoire…
— Bien bien bien… Bon réflexe, bon réflexe…
Robert semble plongé dans un abime de perplexité.
— Ce qui m’inquiète, c’est de savoir ce que Gadgeto fait présentement.
— Son collègue l’a pris en charge, et ils sont dans leur quartier général au rez-de-chaussée de la Tour.
— Bien bien bien… L’incident est clos donc ?
— Oui, surement… Jusqu’à ce que Gadgeto se retrouve à nouveau en tête à tête avec Mamie Carnet… Là, pour sur, son Go-Go-Gadgeto truc va pas le rater une seconde fois…
— C’est pour ça que tu dois partir immédiatement pour le rejoindre.
— Et c’est tout ? Il faut qu’on fasse quelque chose Robert, ça ne peut plus durer cette histoire… J’ai un gros Go-Go-Gadgeto ras le bol de tout ça !
— Certes… Tu as raison. Je crois qu’on va devoir faire une bandelette à propos de tout cela
Robert affiche un visage hilare alors qu’il ouvre l’écran de l’ordinateur portable de la police. Il pianote dessus une poignée de secondes, puis referme la machine récalcitrante… Angus pendant ce temps-là se décompose sur sa chaise.
— Bon, ben en fait, ce n’est pas mieux que la semaine dernière… Un coup je peux faire des trucs, sans pouvoir les vérifier, un coup je peux vérifier ce que j’ai fait, mais rien rajouter de nouveau… Et pour couronner le tout, je crois que le type qu’ils m’ont assigné pour régler ces problèmes est en arrêt pour cause de burn-out…
— Ah oui quand même… Donc du coup.
— On est au même point que la semaine dernière, à tous points de vue.
— Et la bandelette ? Et Gadgeto ?
— Au même point, je t’ai dit. On est obligé de faire en sorte que ça marche, mais certains veulent tellement tout contrôler qu’au final, rien ne fonctionne.
Sans chercher à comprendre le sens de tout cela, Angus se lève, et quitte subrepticement le bureau du juge, qui continue de scruter la page devant lui, les mains croisées…

En sortant du bâtiment, Angus découvre une missive posée à même le sol. Une de ces petites feuilles dont raffole Mamie Carnet. La même écriture décrite par Robert dix minutes plus tôt souille le papier jadis immaculé. Nerveux, le policier vérifie à droite et à gauche s’il n’y a pas un quelconque témoin de cette histoire.
Puis il se penche, et ramasse le document.
« Vous avez eu l’outrecuidance de me pousser tout à l’heure. J’ai failli mourir de déshydratation en restant une heure seule à même le sol en espérant un éventuel secours. J’attends vos excuses les moins bombées d’ici ce soir ! »
Le policier de Verlan étouffe un rire nerveux, avant de jeter le bout de papier dans le plus proche caniveau.

Au même moment, à une poignée de minutes à vol d’oiseau de là, une étrange scène secoue les entrailles de la Tour de Verlan. Un petit faisceau lumineux galope sur les murs du troisième sous-sol, éclairant de sa faible lueur chacune des portes de cet ensemble de caves, ou de catacombes selon le côté dramatique que l’on souhaite leur donner.
Quelqu’un cherche quelque chose.
Soit il ne l’a pas encore trouvé, soit il ne sait pas encore vraiment ce qu’il cherche…

Le couloir est désert. Après avoir enfin semé ce bougre, mais fort tenace, policier de Verlan, l’inspecteur Gadgeto a pu se glisser dans les allées humides et poussiéreuses des cryptes de la Tour. Son instinct ne le trompe pas. C’est ici qu’il dénichera des réponses.
Il le sait, il le sent.
— Car la vermine se terre toujours dans les endroits glauques…
Profitant de cet espace de solitude loin de tout, il se murmure à lui même, cherchant à se motiver, voire à s’éclaircir l’esprit. Puis il se fige. Il vient, semble-t-il, de trouver ce qu’il convoitait.
— Go-Go-Gadgeto sésame ouvre-toi…
L’inspecteur Gadgeto dévisse le bout de son index, pour exhiber un crochet que n’aurait renié aucun serrurier digne de ce nom. Un petit coup à droite, un petit coup à gauche, et clic-clac, la porte lui ouvre ses faveurs.
Une mélopée se fait alors entendre. Un son à la foi guttural, mais aussi terriblement mélodieux. Une sorte de chanson sinistre…
« aaaaaaaannd whooooooooo aaaaaaaaaaaaaare youuuuuuuuu, theeeeeee prrouuuuuuuuud looooord ssaaaaaaaaaiiiiddddd …. »
Ne comprenant pas un traitre mot de ce langage bizarroïde, le grand inspecteur à l’imperméable gris se glisse dans la pièce sans bruit.

Sans prendre la peine d’allumer à nouveau la torche qu’il a située au bout de son majeur, il s’avance un peu à tâtons, guidé par le trait de lumière qu’il aperçoit au loin. Il traverse la salle sans difficulté, bien aidé par le fait qu’elle soit complètement déserte. Arrivé au bout, il s’approche de la porte, alors que la mélopée semble l’avoir suivi jusque là.
« a coaaaaaaaaaaat of gooooooooooooold, a coaaaaaaaaaaat of reeeeeeeeeeeeeed… »
L’inspecteur se secoue la tête. Qu’est-ce donc que ces diableries ?
D’autres sons parviennent à son oreille. Une voix d’homme, puis une voix de femme. Une discussion en catimini. Exactement ce qu’il cherchait.
— Oh non, on ne va pas encore la jouer à pierre-feuille-ciseaux ?
— Tu veux faire ça comment ? Chaque fois, c’est la même chose, on perd un temps fou pour se décider.
— On s’en fou du temps, de toute façon personne ne vient jamais par ici. Et puis personne ne s’inquiète vraiment de nous voir partir comme ça une demi-journée, quasiment main dans la main.
— Tu as peur de la rumeur ? Après toutes ces années de qu’en-dira-t-on ? Allez va, passons aux choses sérieuses.
— Hum, non…
— Une main dans le dos… Prête ? … J’ai dit prête ?
— OK, d’accord…
— À trois… Shi… Fu… Mi !
L’inspecteur n’entendit pas distinctement la suite de la conversation. La mélopée se fait de plus en plus fort, de plus en plus insistante…
« And sooooooo he spooooooooooooke. And sooooooo he spooooooooooooke »
Elle lui remplit la tête tout entière, si bien qu’il s’entend presque lui-même en train de chanter…
« wiiith nooooooooo ooooooooone there to heeeeeeeeeeeeeear. »
L’inspecteur pose machinalement une main sur la poignée de la porte. À ce moment-là, la mélodie s’efface, et Gadgeto se raccroche à nouveau à la réalité.
— Ah non… J’en ai marre… J’en ai marre que tu me prennes encore par-derrière !

C’est alors que la porte de la pièce ouvre brutalement, découvrant un Germain déjà en train de détacher sa ceinture devant une Monica déprimée, mais docile.
Un nuage de fumée noire pénètre en trombe dans la petite cave aménagée en lupanar. Tout devient sombre le temps d’un battement de cœur. Impossible pour les deux amants de crier.

« Go-Go-Gadgeto par le pouvoir du crâne ancestral ! »

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