Précédemment, à Verlan

IMG_5484Saison #1 : Une crise sans précédent secoue depuis plusieurs mois le village de Verlan. Anthime, le patriarche-monarque-despote du hameau a disparu. Face aux affidés du chef, Jacquouille, Monica, Antoine, Paô-Paô et Germain, qui essayent par tous les moyens de cacher l’évaporation de leur gourou, s’opposent une poignée d’autochtones menés par Apolline, Angus et Wilma-Jane. Ces derniers tentent de lever le voile sur ce qui pourrait bien changer le destin de leur bled. Et alors que Dimity, un ex-espion russe, venait de pénétrer secrètement dans les appartements d’Anthime, une violente déflagration secoua le village.
Saison #2 : 
alors que le village se remet à peine de l’explosion du dernier étage de la Tour, Apolline s’enfonce sous les questions existentielles quant à son avenir, et à celui du hameau. Heikel et Jeikel, deux personnages mystérieux font leur apparition, afin de la soudoyer de reprendre sa guerre contre Anthime et ses affidés. Malheureusement, la naine est lasse, tandis que les évènements s’accélèrent, et que les cadavres s’amoncèlent...

Ce matin-là, l’automne venait de faire son entrée dans le calendrier, et un petit vent frais serpentait à travers les venelles du village de Verlan. Rien à voir cependant avec les bourrasques dont souffre la Tour chaque hiver. Mais quand même suffisant pour forcer les habitants à sortir chandails et bas de laine.
Rien à voir non plus avec la tornade au brushing impeccablement plaqué qui traverse le hameau au pas de course pour se rendre chez le juge.
— Robert ! Robert ! On a frôlé la catastrophe !
Angus débarque en trombe dans le bureau de l’homme de loi du village. Après une semaine côte à côte à compter les nuages et à se battre contre un logiciel administratif instable, les deux représentants de la justice à Verlan se sont liés d’amitié. Enfin, ils se tutoient et boivent désormais le café ensemble.
— Qu’est-ce qui se passe, comparse de la maréchaussée ? Encore une histoire avec cet affreux Gadgeto ?
— Lui même en personne !
— Et qu’à donc-t-il fait cette fois-ci ?
— Mamie Carnet ! Elle a failli manger un Go-Go-Gadgeto poing américain dans la tronche. Heureusement que j’étais là et que j’ai sauvé la pauvre vieille !
— Tu parles d’une catastrophe, tu aurais mieux agi en fermant les yeux et prier pour qu’il nous en débarrasse !
— Ah oui… Mais quand même… Tu crois que c’est très légal ?
— Certes, je suis l’homme de loi du village, et je me dois d’être juste, neutre et impartial. Mais quand bien même, je reste un être doué d’émotions. Et Mamie Carnet, quand elle s’y met, elle me galope tellement sur le haricot !
Angus tire une chaise et s’installe à côté du bureau du magistrat. Robert, quant à lui, s’étire sur son fauteuil, avant de reprendre la parole.
— Explique-moi par le détail ce qu’il t’est arrivé, je te prie.
— C’est fort simple. Comme prévu depuis la fermeture de notre office des témoignages, et sa délocalisation ici bas, je passe mes journées en compagnie de l’inspecteur Gadgeto. Officiellement, c’est pour mieux apprendre de l’élite policière du pays. Officieusement, c’est pour l’empêcher de tuer d’autres délinquants qui n’auraient pas mis de pièce dans l’horodateur, ou qui conduiraient une moto sans ceinture de sécurité.
— Tu n’exagères pas un peu là, avec cette histoire de ceinture ?
— Que nenni ! Je l’ai vu à l’œuvre. Pas plus tard qu’hier matin, le ton est monté avec Wilma-Jane parce qu’elle pilotait son Dax sans ceinture de sécurité.
— Effectivement, c’est choquant.
— Il est maboul ce flic !
— Non, je parlais de Wilma-Jane, sur un Dax. Pauvre véhicule, vu l’embonpoint qu’elle traine, ça ne doit pas être tous les jours faciles…
Le juge éclate de rire, une hilarité franche et aussi massive qu’une commode Louis XV. Angus s’affaisse sur sa chaise, vaincu par la lassitude. Robert essuie une larme, puis reprend le cours de la discussion.
— Non, sans déconner, il s’est passé quoi au juste ? Tu as filé l’inspecteur, et il s’est trouvé par inadvertance face à face avec Mamie Carnet.
— Oui, c’est ça, sauf pour l’inadvertance.
— Tu veux dire qu’il l’a cherché ?
— Non, en fait, c’est elle.
— Parce qu’en plus, elle est suicidaire ? C’est une information à noter ça !
— elle a repéré Gadgeto lors de la dernière manifestation du village qu’elle a dû présider. Je sais plus pour quoi c’était, en début de semaine.
— Oui, c’était pour la grande lessive.
— Ah oui c’est vrai. Ces trucs débiles pendus sur une corde à linge au milieu de la place du village
— Ouais, ben ne te moque pas, car j’y étais… Et je n’ai même pas pu pouffer quand papy Enerst a accroché son dentier sur la ficelle, en guise d’œuvre d’art…
Robert grommelle ensuite un truc à propos de ces foutues idées à la mort-moi-l’artichaut de Dalida, mais Angus n’y prête pas vraiment attention.
— Du coup, Mamie Carnet a filé l’inspecteur Gadgeto, et tout à l’heure, elle a eu un moment propice.
— Un moment d’hospice ? Mais tu n’as pas dit que tu l’avais sauvé ?
— Oui, non, mais c’est que… 
Angus ne sait plus bien si le juge pratique un second degré manifeste, ou s’il est juste en train de blaguer.
— Vas-y, termine, je ne t’interromprai plus.
— Alors que Gadgeto sortait pour la troisième fois en trois jours de chez Dimitry, elle l’a attendue, s’est plantée devant lui, et lui a exhibé un de ses fameux papelards dont elle a le secret.
— Encore un vieux machin de son foutu carnet ? Mais elle en a combien des comme ça chez elle ? Tout le village va bénir le jour où elle sera en rupture de stock.
Nouveau ricanement du magistrat, visiblement très en forme.
— Mais c’est pire que ça… Elle s’est pointée avec un texte écrit soigneusement sur une feuille A4… Si ça, ce n’est pas un signe qu’elle a prémédité son coup !
— Oui, effectivement…
— Attend, ne bouge pas Robert…
Angus plonge dans la poche intérieure de sa veste, et en sort un papier imprimante plié en 4, qu’il tend au juge. Ce dernier fronce les sourcils.
— Effectivement, c’est bien son écriture. Je reconnais les boucles mal définies, et sa façon de trembloter en formant ses lettres. Tu vois regardes, c’est les nerfs en fait. Plus elle est agacée, et plus elle trémule.
— Ah oui, et du coup, elle devait être plutôt fâchée quand elle a fini sa bafouille.
— C’est fort probable… Fort probable…
— Mais dis-moi, tu as fait graphologie avant d’œuvrer pour la justice ?
— Non, pas du tout. Mais un homme dans ma position doit savoir constater ce genre de détails. C’est d’ailleurs pour ça que je suis chef…

Robert relit plusieurs fois la missive. Haussant les yeux, poussant un gloussement de dépit à plusieurs endroits.
— Elle vraiment que ça à foutre de ses journées cette pauvre vieille, soupire le juge. « Énième piqure de rappel »… Déjà, rien que le titre montre bien combien elle nous méprise. Quant au reste, c’est encore du grand art. « Je vous prierai de bien condescendre à vous excuser ostensiblement du soufflet que vous me faites subir avec votre estafette tous les jours que Dieu nous honore, afin que mon honneur soit ainsi lavé des souillures de votre présence sous ma fenêtre ».
— Elle est givrée.
— On est bien d’accord, elle veut juste que Gadgeto dise à ses hommes de ne plus se garer devant chez elle, c’est bien ça ?
— Tout à fait…
Le silence retombe dans la pièce. Lourd, et pesant. Un peu trop même.

RDV à 14h, juste après le donut et le café, pour la suite de cet épisode hautement dramatique… (tatataaan)

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