[6 ans plus tard] Ma croisade ! 2/3

Il y a 6 ans, jour pour jour, j’entrai tout seul avec mon baluchon à l’IM2S de Monaco pour me faire opérer des ligaments croisés. Lourde opération, pourtant bénigne de nos jours pour tout bon sportif qui se respecte, footeux, rugbyman, skieur, et même désormais basketteur, vu que c’est la mode en NBA ces dernières saisons. 9 mois d’atermoiement et de consultations, 3 semaines d’enfer, 6 mois de rééducation, plus 6 mois de blessures récurrentes derrière (tendinites principalement due à la compensation et au surpoids), cette croisade a duré quasiment deux ans avant que je me retape plus ou moins entièrement.
Pour cet anniversaire, j’ai eu envi de reposter les articles que j’avais écris à ce sujet, histoire de rappeler que notre corps est une machine incroyable, mais qu’il faut y prendre soin.

Car la suite, elle ne sera pas vraiment rose. Le chirurgien a insisté lourdement pour que je parte trois semaines dans un centre de rééducation. Le plus proche est à Vallauris, et comment dire… C’est glauque. Imaginez une grande et vieille battisse datant de la Seconde Guerre mondiale, perdue sur une colline, au milieu de rien. Et à l’intérieur, des infirmières dont très peu arrivent à sourire, et des patients aussi déglingués les uns que les autres. Et ce n’est pas peu de dire que moi, avec mon genou en vrac, pas capable de marcher sans mes béquilles, et ben j’étais le type le plus en forme du bâtiment !

Les chambres sont sinistres, il faut payer pour avoir la télé, il faut monter à la bibliothèque pour avoir internet, et il faut mettre un cadenas au placard pour pas qu’on vienne vous taxer vos affaires. Voilà à peu près le tableau que j’ai eu en arrivant le vendredi midi. J’ai déprimé toute l’après-midi, prostré sur mon lit. Et je me suis endormi le soir, et je n’ai pas honte de le dire, en pleurant.
Le lendemain, je me suis remonté le moral à grand coup d’épisodes du Docteur House, et je suis arrivé à la séance de kiné chaud patate. Quitte à vivre dans un tel endroit pendant 3 semaines, autant essayé de se marrer.
Les journées vont se rythmer de la sorte, pendant les trois semaines suivantes : le matin, réveil, inspection médicale, changement du pansement. Ensuite une petite heure à la salle de muscu, puis retour à la chambre (ou au restau) pour le repas, enfin, ce qu’ici ils appellent le repas. Mais en tant que cuistot du dimanche, j’ose le dire : c’est de la merde !
Ensuite, c’est un peu d’ordi à la bibliothèque, puis une grosse heure de kiné, séance de pliage de genou tout d’abord, puis différents exercices (dont un qui consistait à… marcher sur des cailloux) histoire de redonner vigueur et souplesse à mon membre opéré.
Retour à la chambre, lecture, puis c’est l’heure de l’affreux diner (généralement, c’était encore moins bon qu’à midi), et retour dans la chambre, pour le film du soir, sur mon PC évidement, je n’ai pas voulu sortir le moindre rond pour avoir la télé.
Parfois, j’ai droit à des visites. Souvent même, alors que pour venir de Monaco, c’est une bonne plombe de trajet, aller/retour. Ma future femme bien sur (nous nous sommes déclaré juste avant l’opération), ma maman et un de mes meilleurs potes sont les principaux visiteurs qui ont osé affronter le trajet et la sinistrose pour me rendre visite. Je ne pourrais jamais assez les remercier.
D’ailleurs, c’est en ces lieux déprimants qu’est arrivée la plus belle nouvelle de ma vie. Sous la forme de deux petites tétines, et d’un grand sourire plein d’émotion de ma future : elle était enceinte ! (je ne pensais pas avoir si bien honorée madame avant de me faire opérer moi…). Ô Joie !

Le weekend, c’est évasion ! J’ai le droit de sortir du samedi matin au dimanche soir. Une journée et demie de liberté et de relaxation mentale. Je me paye même le luxe de faire un match de foot, un « déplacement » au stade du Ray, avec un Nice-Monaco d’excellente facture, et une victoire 3-1 qui fait bien plaisir. Je dors dans un lit normal, avec ma future femme, mange de la nourriture normale… Bref, un grand bol d’air frais !

Puis, le premier weekend d’octobre marque la fin de mon calvaire. J’ai perdu deux kilos (que je rattraperais largement par la suite), j’ai une jambe plus grosse que l’autre (et ça je l’aurai à vie), j’ai des béquilles, je claudique, mais je suis libre… et vivant !
Cette expérience au centre de Vallauris m’a quand même fait énormément relativiser. J’ai vu des gens pleurer de joie après le premier essai de leur prothèse de jambe, qui se fixe au moignon qu’ils ont au milieu de la cuisse, et leur permets de marcher pour la première fois depuis… Trop longtemps. J’ai vu des miraculés d’accident de la route, là depuis 6 mois, dont le corps est truffé de broches, et qui sont bien contents de pouvoir rouler en fauteuil et de manger sans assistance. J’ai vu des personnes âgées qui devraient finir leur vie dans ce trou, avec un bras en moins ou une jambe ne servant plus à rien.
C’est en pensant fortement à eux que tous les soirs, je m’obligeais à quelques longues balades dans les couloirs, ou le long des balcons, afin de travailler ma cuisse, afin d’assouplir ma jambe, afin de marcher, tout simplement, de réapprendre ça le plus vite possible. Car moi j’avais cette chance-là, et pas la plupart de mes malheureux voisins…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s