La balade du consultant

Cette semaine, j’ai envie de revenir sur un débat qui a agité la toile et le microcosme footballo-journalistique en début de semaine. Rien d’important, évidemment, puisque cela touche le monde de la balle au pied, mais assez symptomatique de l’ambiance générale, et de l’attitude de la presse en général. Lors du match Monaco-Paris, le consultant de Canal + qui officiait au micro s’est épanché de façon fort grotesque, insultante, voire diffamatoire, sur la performance des deux équipes. Tollé général, y compris au sein même de sa propre confrérie de consultants, certains, plus avisés que d’autres, ne comprenant pas son acharnement systématique, et sa capacité à n’apporter aucune analyse un tant soit peu intéressante.

Malheureusement, alors qu’il avait la possibilité de faire son méa-culpa, ou de s’expliquer sur son attitude, le quidam en question, ancienne gloire Française dont le palmarès et la carrière souffrent certaines contestations, est resté campé sur ses positions, justifiant ses dires par le fait que c’est son métier que d’analyser et de dire ces choses-là. Évidemment, outre l’absence totale de prise de recul sur la situation qui pourrait lui porter préjudice à l’avenir, il s’enfonce le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate s’il croit que son métier se résume à donner son avis.
Mais avant de me lancer dans une explication technico tactique, petit retour en arrière.

Par chance, dans ma tendre jeunesse, j’ai pu effectuer deux stages de basket organisés par Canal +, et dans lequel j’ai pu, entre autres, côtoyer la star des consultants basket des années 90 : Mister George Eddy (supplanté depuis par Jacques Monclar). Et parmi les joyeusetés que nous avions effectuées lors de ce stage, il nous a organisé une soirée où il nous a parlé de son métier, et nous nous sommes même essayé au petit jeu des commentaires, à qui jouera le commentateur, à qui jouera le consultant. Pour ma part, j’ai fait un piètre consultant, bafouillant et laissant trop de blancs.
Le plus intéressant durant cette soirée, c’est la grosse heure de « conférence » que nous a accordée George Eddy sur son métier, nous expliquant les rôles qu’il occupait avec Éric Besnard (à l’époque, il était aux commentaires NBA). Les principes simples étaient cela : l’un (Besnard) faisait du descriptif (machin passe à la balle à chose, qui dribble avant de transmettre à truc qui shoot), l’autre (Eddy) était dans l’explicatif (il a raté son shoot parce bidule a bien défendu sur lui). En méga bonus, George Eddy faisait partager l’ambiance et participait lui-même au spectacle par ses vocalises légendaires et ses expressions américano-franchouillardes des plus savoureuses. (Il lui a mis un gros pancake messieurs daaaaaaames !).

Dans notre histoire de match de foot, l’organisation est la même. Un descriptif, un explicatif, ni plus, ni moins. D’ailleurs, quand TF1 alignait 2 consultants lors des matchs de l’équipe de France (Wenger et Lizarazu), le second consultant était un peu aux oubliettes, et n’intervient que très rarement.
Pour revenir au match de foot du dimanche soir, prenons un exemple simple : Edinson Cavani reçoit un ballon dans la surface, contrôle et frappe. Subasic détourne la gonfle en corner.
Sur cette action, le commentateur (Margotton) ne pose donc qu’un regard descriptif. Il relate les faits, rien que les faits : Cavani frappe ! Mais c’est détourné par Subasic ! Corner. Ni plus, ni moins.
En théorie, qu’est censé faire le consultant ? Expliquer pourquoi Cavani n’a pas marqué le but, voire même détailler la passe qui a amené l’action : superbe passe en profondeur de Pastore qui lance Cavani, dont le contrôle un peu trop long l’empêche de mieux croiser sa frappe qui est détournée par Subasic. Si Cavani n’a pas marqué, c’est qu’il a raté son contrôle. Analyse des faits, puis explications. Ni plus, ni moins.
Le téléspectateur devant sa téloche a donc en théorie les images, les faits, et leurs explications.

Pourquoi donc utiliser un ancien joueur de foot professionnel en tant que consultant ? C’est parce qu’avec leur expérience du terrain à haut niveau, ils savent expliquer ce qui s’est passé sur le terrain, car ils l’ont forcément déjà vécu, ils ont l’œil du footballeur, que le commun des mortels et les footeux amateurs n’ont pas forcément. Ils ont le point de vue du terrain, c’est donc plus facile pour eux d’expliquer (et probablement plus crédible pour le téléspectateur qui pense que le mec sait de quoi il parle) : le contrôle était difficile à faire parce que la balle a rebondi juste avant. Michael Landreau, autre consultant émérite sur la même chaine, brille souvent par sa description unique et son point de vue du gardien de but : l’arrêt de Subasic est spectaculaire, mais pas difficile à réaliser, car le ballon lui est arrivé juste dessus.

Quid de Dugarry alors (parce qu’il s’agit bien sûr de cet ancien marseillais et bordelais, tu l’avais surement deviné depuis ma seconde phrase, cher et noble lecteur sagesse) ?
Dugarry n’est ni un commentateur, car il ne décrit rien, ni un consultant, car il n’explique rien.
Dugarry pose son avis, son ressenti, son sentiment. Ce qui pose un vrai problème, puisqu’il étale son opinion, affiche en quelque sorte son « moi profond »,  chose qui n’a rien à voir avec son passé de footeux. Et à ce titre, n’importe quel clampin équipé d’un micro pourrait le faire aussi bien que lui. Et ce n’est pas parce qu’il a été footballeur professionnel que son opinion est plus importante qu’une autre.
En clair, sur l’action qui nous intéresse, voilà le genre de commentaire que lâche Dugarry, croyant bien faire son travail : Cavani a raté son tir, parce qu’il est nul et manque clairement de motivation et de conviction. Pas d’explication, pas d’analyse, juste son opinion sur le joueur en guise de tentative d’explication.

Et malheureusement, les cas comme Dugarry sont légion. Nombreux sont les consultants qui pratiquent le dépassement de fonction de façon assez grotesque, et qui croyant être dans leur bon droit en pondant des analyses à tour de bras, nous livre leur opinion dont pour la plupart, nous n’avons que foutre. S’il y a si peu de bons consultants foot en France, c’est parce que tous croient que faire vivre un match en direct au téléspectateur, c’est la même chose que d’en discuter deux jours après, au café du commerce ou dans une émission type After-foot ou Canal Football Club…

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