Va, je ne te hais point

34885_dark_side_..._Lord_VaderInternet et les réseaux sociaux permettent de donner son avis sur tout, et sur n’importe quoi, et parfois d’en débattre, si l’on tombe sur quelqu’un un minimum ouvert à la discussion, et capable de s’exprimer autrement qu’avec 3 fautes de syntaxe par mot. L’autre soir, lors d’une discussion à propos d’un truc dont j’avais eu l’outrecuidance de poser mon avis, je crois que ça avait un rapport avec la façon de manger le Nutella, soit à la cuillère, soit au couteau. Bref, au cours de cette discussion fortement philosophique avec un intérêt culturel excessivement élevé, je me suis vu reprocher différentes choses dont je ne m’étalerai pas plus avant, n’étant pas vraiment importants pour tout ce qui va suivre. Au cours du débat, une phrase parmi tant d’autres m’a frappée : « de toute façon, tu as tort parce que tu as toujours eu de la haine envers nous (lui et sa bande de mangeur à la cuillère) ». Cette sentence voulait probablement clore la discussion, par ce jugement abrupt et irrémédiable. De la haine… L’emploi d’un terme aussi fort résonne encore entre mes deux oreilles. De la haine… Comment peut-on en arriver à caler Nutella et « haine » dans la même phrase ? Et surtout, comment un simple désaccord de fond et de forme peut-il être comparé à de la haine ?

Si l’on se fie à Wikipédia, la définition de la « haine » serait la suivante :

 La haine est une hostilité très profonde, une exécration et une aversion intenses envers quelqu’un ou quelque chose. Calculée, froide et systématique, la haine se distingue de la simple inimitié, plus spontanée, impulsive et affective […] Haïr, c’est tuer virtuellement, détruire en intention, supprimer le droit de vivre. Haïr quelqu’un, c’est ressentir de l’irritation du seul fait de son existence, c’est vouloir sa disparition radicale […] À ce titre, il est possible de définir la haine comme la négation radicale d’une personne. Elle correspond à l’intention de détruire l’autre, en l’attaquant dans son être et son humanité.

Les termes sont extrêmement bien choisis pour définir ce sentiment fort et puissant. La haine n’est pas quelque chose d’anodin, ce n’est pas une querelle de cour de récré, avec les méchants d’un coté, les gentils de l’autre, le tout dépendant de quel coté on pointe son doigt accusateur. Ce n’est pas non plus un coup de sang qui monterait aussi haut qu’il s’estomperait avec le temps. On peut détester quelqu’un sans avoir envie de le détruire. Car pour moi, la haine rassemble tout cela, un côté radical, viscéral, un jugement définitif et destructeur. En terme de mauvais sentiments, c’est probablement le pire positionnement qui soit, le plus violent, le plus sombre, et le plus radical.
Mais parfois les mots ont du mal à trouver du sens chez certaines personnes, et si vous n’avez pas compris le sens de mes propos précédents, peut être que quelques exemples vous éclaireront les idées. À titre de comparaison simple : Hitler haïssait les Juifs. Les terroristes haïssaient les dessinateurs de Charlie Hebdo. Le Ku Klux Klang haïssait les noirs. Voici des situations de haine, pure et dramatique, froide, calculée, viscérale et profonde. Au bout du compte, il y a eu des morts, il y a eu du sang, il y a eu des larmes et de la douleur.
Si l’on en vient à cette extrémité-là pour une différence d’opinions sur la façon de manger le nutella, soit à la cuillère, soit au couteau, c’est que le monde plonge vraiment dans le grand n’importe quoi.

Étant certain que l’utilisation du terme de « haine » comme qualificatif était fort hasardeuse, je me suis ensuite interrogé sur le pourquoi de l’apparition d’un tel mot dans un débat fleuri. La réponse est rapidement survenue. Un peu loin, dans l’article sur Wikipédia, on trouve la phrase suivante, sorte de lueur surgissant au fin fond de mon obscurité :

Un prétexte fréquent donné à la haine est d’accuser la partie adverse d’en être elle-même animée. En tant qu’accusation, elle est en ce sens un outil de manipulation des masses

Et là on rentre probablement dans le cœur du sujet. Et si cette accusation n’était en fait qu’une façon pour la partie adverse de se voiler la face sur les sentiments qui les animent à mon égard ? Comme ce n’est pas le premier débat auquel il m’a été donné d’assister, j’ai déjà pu admirer leur façon de faire quand la situation dégénère, quand la partie adverse fait ressortir le non-sens de leurs arguments : insultes, menaces, intimidation, provocation, voici leurs armes favorites. Et là sont des outils de la haine, là sont les manifestations de l’intolérance.
À partir de là, on arrive à un problème qui me semble équivalent à celui qui secoue la planète depuis les attentats de Charlie Hebdo du 7 janvier dernier. La haine comme fruit du manque de tolérance de certaines personnes envers les avis et les opinions d’une autre.

Pour revenir à mon petit nombril et à l’abdominal adipeux qui se trouve derrière, il est évident qu’après avoir dressé une telle définition de ce qualificatif, et tenté d’expliqué pourquoi je me suis fait étiqueté de la sorte, on ne peut que constater que l’emploi du terme « Haine » est soit galvaudé dans une sorte d’emphase et d’exagération propre à toute discussion à travers les réseaux sociaux, soit utilisé de façon frauduleuse, afin de manipuler la masse des suiveurs, et de détourner les propos en braquant le plus de gens possibles, pensant que la vérité vient du nombre. Alors que la vérité vient juste… de la vérité.
Alors non, je ne suis habité par aucune haine, de quelque sorte que ce soit. Ce n’est pas un sentiment que je peux me permettre d’avoir, tout simplement parce qu’« avoir de la haine », ça demande du temps. « Avoir de la haine », c’est viscéral, car pour « avoir de la haine », il faut que ça vienne des tripes, et « avoir de la haine », ça demande une énergie que je préfère amplement dépenser pour d’autres futilités bien plus constructives et épanouissantes…
Avec la masse des choses qui remplissent mes journées depuis plusieurs années maintenant, je ne peux pas me permettre ce luxe que de foutre en l’air du temps libre pour haïr des gens, dont les opinions et la façon de faire différent de mes valeurs et de mes principes. Ma famille, le sport, le boulot, mes projets écriture, mes blogs. Non, je n’ai pas de haine en moi.
Par contre, je verse dans d’autres types de sentiments et de positions. L’indifférence est quelque chose que j’apprends à maitriser. Laisser parler, laisser dire, esquiver les provocations et éviter les mauvaises ondes. C’est peut être une forme de mépris, mais est-ce vraiment une mauvaise chose que de mépriser ce qui nous veut de mal ?
Et puis surtout, quand j’ai quelque chose à dire, je le dis.
Et ça s’appelle la liberté d’expression, et ça ne plait pas forcément à tout le monde…

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2 commentaires sur “Va, je ne te hais point

  1. Ça fait changement ce petit article philosophique, tu fais bien d’éclairer ce point, bien qu’au fond de moi je savais la réelle définition du terme, il m’est fréquent que je l’utilise injustement.

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    1. Merci pour ta lecture !

      Au départ, c’était juste pour préciser certaines choses, mais au final à force de chercher, je me suis rendu compte que c’est un terme qui est largement galvaudé, notamment parce que la tendance actuelle est de nous vautrer tous dans l’exagération. Il n’y a plus de demi mesure, tout est blanc ou noir, façon « si tu n’es pas d’accord avec nous, c’est que tu nous hais » …
      Ce qui est faux, la vie est faite de tellement de nuances …

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