Nous sommes tous Charlie

IMG_2846Un des projets (secrets) que je me suis donné pour 2015 était de poser un article par semaine. Le vendredi, histoire de créer une sorte de RDV avec les quelques courageux qui viennent ici tous les jours. Pour aujourd’hui, j’avais prévu de vous parler de joie, de félicité. Je pensais écrire sur ma journée de mercredi, où sur le coup de midi, nous avons eu les présentations du Prince Héritier de Monaco et de sa sœur jumelle. Je m’imaginais déjà narrer ce moment d’histoire auquel j’ai eu la fierté de participer, en tant que simple spectateur noyé dans la foule des heureux.
Pour les Monégasques, ce mercredi 7 janvier 2015 était un jour férié. Exceptionnellement. C’était un jour de joie, un jour de liesse, un grand moment de ferveur populaire autour de notre Prince, de notre souverain, de son Héritier, et de l’avenir qu’il représentait pour notre petit pays. Ce mercredi, le père tout fier que je suis a vu apparaitre furtivement la tête de ma fille sur l’écran géant qui retransmettait l’évènement, avec plusieurs caméras braquées sur la foule des heureux. Ce moment d’histoire, il était pour elle, et pour sa petite sœur. Notre avenir paraissait joyeux, et nous l’avions sous les yeux pour la première fois. Mon avenir, ce sont mes deux filles, mais aussi ce petit bébé mâle qui est apparu au balcon, mon futur Prince souverain.
Oui, c’était un beau jour de soleil, un jour de fête, un jour de joie. Enfin, jusqu’à ce que chacun rentre chez soi, et découvre que pendant que nous festoyons, la liberté d’expression venant de prendre du plomb dans le buffet, et que l’intolérance venait de franchir un nouveau palier.
Après un petit coup de gueule contre le réveillon, je voulais ce vendredi mettre de la joie et des ballons dans le ciel…
C’est raté.

Car ce qui s’est passé ce mercredi dans les locaux de Charlie Hebdo est juste profondément choquant…
Sur le fond, rien que d’y penser, et j’ai encore la nausée. S’attaquer à un média uniquement parce que l’on ne tolère pas qu’il ait exprimé une opinion contraire, c’est un manque grave de tolérance envers autrui, c’est une violation profonde de la plus noble des libertés, la liberté d’expression, la liberté d’opinion, et parodiant Florent Pagny sur une tractopelle : la liberté de pensée.
Sur la forme, la froideur et la violence de l’attaque, la minutie de la préparation et de l’organisation, tout cela est juste effrayant. L’impact selon moi va être aussi énorme que le 11 septembre dans l’inconscient collectif, et remettre en question beaucoup de choses quant à nos valeurs, à notre concept même de sécurité, et notre liberté. Rien qu’à voir les manifestations de soutien qui se sont spontanément organisées en France, mais aussi de par le monde (New York, Québec, Sydney, Monaco…), on peut déjà mesurer la gravité et les répercutions mondiale de cet acte militaire en plein cœur de la capitale française.
Les médias sont là pour exprimer une opinion, donner des informations, partager des analyses. Certains sont bons, d’autres sont drôles. Il y a les talentueux et ceux qui ne voient que par le prisme de leurs préjugés. On a des maladroits, des mauvais, et des menteurs même parfois. Mais quoi qu’ils racontent, sauf si cela tombe sous le coup de la loi pénale, les médias ont le droit d’exprimer leur opinion. C’est leur liberté, c’est notre liberté. Et elle est fondamentale, car elle touche toutes les facettes de notre existence. Nous avons le droit de penser, et le droit de le dire librement.

Ce blog est un média. Amateur, certes, dont l’affluence est confidentielle et modeste, mais ça reste un média, un lieu où, narcissiquement je balance mes opinions sur divers sujets. Un jour, peut-être, ma plume sortira un texte ou un roman, qui sera publié quelque part, et lu par un nombre bien plus important de personnes avec tout ce que cela comporte de retours, et de commentaires.
Il y aura des avis positifs, je l’espère, mais aussi des critiques, en plus grand nombre, c’est fort probable. La critique est une chose normale quand on exprime publiquement son opinion. C’est le pendant logique des encouragements, des félicitations, et des coups de cœur. On peut choisir de l’ignorer, quand elle résulte d’une profonde bêtise destructrice, ou s’en servir pour s’améliorer, encore et toujours. La critique et l’opinion contraire font partie intégrante de la liberté d’expression.
Mais quand cela va au-delà de la critique, que faire ? Comment réagir ?
Quand l’intolérance est telle que, en réponse à un article, un dessin, ou même à un commentaire sur les réseaux sociaux, c’est un déluge d’insultes et de préjugés qui tombe, emporté par la masse de bêtise dégoulinante et purulente, que faire ? Que dire ? Comment réagir ?
Ce qui s’est passé mercredi à Charlie Hebdo va profondément changer le sens des réponses à ces questions, car nous nous trouvons en face de l’intolérance la plus dramatique, à l’escalade la plus dangereuse des réactions.
Seuls la justice et un tribunal peuvent juger Charlie Hebdo, et dire si leurs caricatures et leurs prises de position ont malheureusement franchi la ligne jaune séparant la gaudriole de l’insulte.

Verser le sang n’est pas un jugement.
La vengeance n’est pas un jugement.
Les armes et la guerre ne sont pas un jugement.
C’est juste l’exposition de la barbarie, c’est l’exutoire de l’intolérance, c’est un aveu de grande faiblesse et d’impuissance face à l’unité des hommes autour des grands principes qui régissent nos libertés fondamentales.
On peut très bien ne pas être d’accord sans tomber dans l’insulte, sans parler de haine, sans proférer des menaces, sans faire couler le sang.
Je, moi, Jartagnan, auteur de ce blog, je ne suis pas d’accord avec la ligne éditoriale de Charlie Hebdo et à la mouvance politique dans laquelle baigne leur plume. Je trouve aussi que certaines caricatures vont un peu trop loin, et je comprends que certains aient pu s’en trouver insulté.
Mais je suis aussi très respectueux, voire admiratif, devant la liberté de ton et le travail des rédactions du Charlie Hebdo, qui gardent le cap quoi qu’il advienne. Si le fond pouvait porter à discussions, sur la forme, Charlie est un symbole de la liberté d’expression, d’opinion de pensée. Charlie est une matérialisation de cette liberté à laquelle nous aspirons tous, et que certains tentent violemment de nous arracher.
À nous de réagir dignement, sans tomber dans ce piège tendu par les adversaires de notre liberté. Ne faisons pas d’amalgames gratuits, ne nous vautrons pas dans l’insulte de bas étage et dans la haine sans fondement. Ne mettons pas les gens dans des cases, pour juger s’il est de notre devoir de taper dessus ou pas.
Les intégristes ne sont pas musulmans. Ils sont intégristes, et c’est tout. Ce sont des militaires qui font la guerre à notre liberté. Ils n’ont ni voile, ni barbe, ni religion. Ils ont des armes, et c’est à cause de cela qu’ils sont dangereux.

Mercredi 7 janvier devait être un jour de joie.
12 personnes sont mortes, assassinées de sang-froid par un commando.
12 personnes sont mortes parce que le Charlie Hebdo avait soutenu un confrère scandinave qui dénonçait l’intolérance des extrémistes.
12 personnes sont mortes, et d’autres vont surement suivre, parce que des prétendus martyrs pensent défendre l’honneur d’un Dieu qui ne leur a jamais demandé de verser le sang en son nom.
Voilà juste où mène le manque de tolérance, d’ouverture d’esprit, de respect de la pensée d’autrui, et de violation de la liberté d’expression.
Aimons-nous les uns les autres. Apprenons à nous écouter, et à tenir compte de chaque avis, de chaque opinion, même si ça fait parfois mal au bide, même si cela froisse l’égo, même les idées sont différentes ou opposées.
Ça fera toujours moins mal qu’un couple de balles de Kalashnikov dans la tête.

#JesuisCharlie
#NousSommesTousCharlieHebdo

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