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Parce que le sujet à la mode en ce moment sur les réseaux sociaux, et notamment du coté de ma chère côte d’azur, c’est cette histoire du bijoutier, de son braqueur et d’un fusil entre les deux.

Pour mémoire, pour ceux qui vivraient au fond d’une grotte au Népal, ou ailleurs, rapide description des faits :

Mercredi matin, à 9 heures, deux hommes arrivés en scooter ont menacé le gérant de la bijouterie « la turquoise ». Les deux malfaiteurs, armés, lui ont demandé d’ouvrir son coffre pour en saisir le butin d’un montant encore inconnu. Les deux voleurs ont ensuite tenté de prendre la fuite à scooter.
Des témoins ont vu le bijoutier poursuivre à pied les deux malfrats. Selon leurs témoignages, trois ou quatre coups de feu ont été tirés en pleine rue. Lors des tirs, le bijoutier a touché le passager arrière dans une rue adjacente. Le conducteur du véhicule a, quant à lui, continué sa fuite. Le voleur abattu serait âgé d’une vingtaine d’années. Il est décédé sur place. Des armes et une partie des bijoux ont été retrouvées sur lui.

Au fin fond d’un petit village de la campagne profonde chère à George W Bush, ce genre de scène tendrait à sourire. Mais en France, patrie des droits de l’homme et de la tarte au maroilles, cette histoire a pris des proportions dramatiques, notamment sous les effets pervers et nocifs du microscope grossissant des réseaux sociaux.
Le pire dans tout cela, c’est probablement ce trou noir manichéen qui aspire toute personne essayant de traiter, de prêt ou de loin, le sujet. Groupes de soutiens envers le bijoutier, groupes de soutiens envers le braqueur, statistiques affolantes, tentative de manipulation, tout est bon pour forcer les gens à choisir un camp. Alors qu’en fait, le seul camp qui tienne la route, c’est celui de la justice, car quoi qu’il arrive, tout le monde dans cette histoire est COUPABLE.

  • Coupable : le braqueur évidemment. Coupable d’avoir braqué cette bijouterie. S’il n’avait pas violé la loi, il ne serait pas mort d’une balle dans le dos. Difficile de pleurer sur le sort d’un homme, qui soutenu par un collègue, vient menacer un concitoyen d’une arme à feu d’un fort beau calibre. D’autant plus quand ce n’est pas la première fois qu’il fait ce genre de crime. Il a pris un risque, il a perdu… Même si sa peine (la mort) est largement plus importante que celle prévue par la loi dans ce genre de cas (30 ans), violer la loi, ça se paye forcément à un moment donné…
  • Coupable : le bijoutier, pour sûr. Coupable d’avoir tué un homme d’une balle dans le dos. Dire qu’il a eu raison de tuer un homme, car il était en état de légitime défense est une énorme fadaise. Car il n’était pas en état de légitime défense, vu qu’il poursuivait à pied en pleine rue deux types sur un scooter. Dans quel monde vit-on quand un meurtrier qui fait feu sur deux personnes en mobylette est soutenu par plus d’un million de personnes ? Surtout que l’arme en question était une arme de guerre achetée et détenue illégalement ? Si la passion qui entoure son geste est légitime et compréhensible, au regarde de la loi, un crime est un crime…
  • Coupable : l’état, certainement. Coupable de ne pas savoir s’occuper des criminels qui rongent sa société. Car oui, si le bijoutier s’est procuré une arme de guerre, s’il est sorti en pleine rue la bave aux lèvres et une lueur vengeresse au fond des yeux, c’est principalement parce que l’État n’a rien fait pour cet homme, déjà braqué dans le passé. Cet état préfère envoyer de l’argent et des hommes dans des contrées lointaines dans une guerre que ne la concerne pas. Comment le président français peut espérer être crédible à ramener l’ordre dans un pays lointain, alors qu’il n’est déjà pas capable de s’occuper des criminels sur son propre sol ? Le braqueur est un multirécidiviste. Au bout de 10 braquages, il serait peut-être temps de faire autre chose que de coller un bracelet à un gars qui s’en contrefout, vu qu’il recommence ses conneries dès le gadget enlevé. Malheureusement, l’Etat Français carbure bien mal du bulbe en ce moment, et l’emploi et la sécurité, socles principaux de l’avenir de nos enfants, sont des sujets pas assez importants pour ce grand pays hexagonal. En espérant ne pas arriver à une montagne de cadavre pour le faire changer d’avis…
  • Coupable : la société, finalement. Coupable d’encourager ce genre de « faits divers », et de soutenir l’escalade de violence qui va certainement suivre. Les gens qui soutenaient le bijoutier, avez-vous réfléchi aux conséquences de tels actes ? Trois balles ont été tirées par le bijoutier. Une seule a touché le but. Où sont passées les deux autres ? Par chance, elles n’ont touché personne. Imaginez un instant si votre femme, un de vos enfants, un proche parent ou un ami s’était retrouvé sur le trajet d’une de ces balles perdues ? On appelle cela un dommage collatéral. De savoir que c’est un terme militaire ne risque pas de vous consoler de la perte définitive de cet être cher. Car oui, encourager et soutenir un honnête commerçant meurtrier, c’est encourager d’autres scènes de guerre de ce genre. C’est approuver le fait qu’il y aura encore des morts, des gens au mauvais endroit au mauvais moment, les mauvais endroits se multipliant à grande vitesse, avec la multiplication des armes, motivés par VOS encouragements. Certes, les braqueurs dans leur fuite auraient pu renverser une vieille dame. Mais le risque de mort par accident de la route est quand même nettement plus élevé, et plus acceptable que le risque de prendre une balle en pleine poire à cause du tir raté d’un honnête commerçant hors la loi dégoulinant de vengeance.

Et surtout, le pire, c’est l’escalade qui va suivre, sous les vivats du million de soutiens obtenus sur Facebook. Les commerçants vont tous s’armer d’engins distillant des pastilles de mort et ils n’hésiteront plus à dégainer et à défourailler à tout va à la moindre anicroche. Le tout avec la bénédiction de la masse populaire.
Quant aux braqueurs, évidemment qu’ils ne resteront pas indifférents aux risques encourus. Au lieu de simplement tabasser le bijoutier, la prochaine fois, ils vont peut-être lui tirer une balle dans la jambe, ou dans la tête, pour être sûr d’avoir la vie sauve en repartant. Où ils utiliseront des armes encore plus grosses pour faire encore plus peur. Le braquage au bazooka d’un pauvre vendeur de chaussures est un mythe qui pourrait devenir réalité très bientôt si tout ce cirque continue.

Tenir un blog étant une des opérations les plus narcissiques qu’il existe, évidement que je pense avant tout à ma propre crémerie en pondant un tel article. En écrivant ces lignes, je songe avant tout à mes filles. Elles sont jeunes, mais l’avenir qu’on leur réserve, il s’écrit maintenant.
Sera-t-il dans une société à haut risque, car l’utilisation d’armes à feu est voulue et approuvée par la masse des gens ?
Sera-t-il dans un environnement où chaque pas dans la rue est une mise en danger permanente parce que des gens ont soutenu en masse un meurtrier, ce qui a engendré une escalade morbide et militaire ?
J’imagine de là ma malaisance à leurs expliquer que je ne veux pas qu’elle aille en boite à Nice parce que j’ai peur des balles perdues qu’un boulanger fada pourrait tirer au fusil sur le jeune idiot ivre qui aura épanché son trop plein de bière sur la devanture de son magasin alors que celui ci pétrissait son pain…
Dans une société qui s’affolit tous les jours un peu plus, il serait peut être temps que l’on arrête d’essayer d’éteindre les feux en y jetant du rhum dessus…

Enfin, en guise de conclusion, je suis tombé sur ce petit texte lors de mes pérégrinations sur internet. Pour son auteur, personne n’a raison. Par contre, lui l’a tout à fait…

Personne n’a raison de commettre un braquage.
Personne n’a raison de mettre en péril la vie d’un honnête commerçant en le menaçant d’une arme.
Personne n’a raison en frappant un vieil homme.
Personne n’a raison de mettre fin à une existence.
Personne n’a raison de tirer dans le dos d’une personne en fuite.
Personne n’a raison de mettre en péril la vie de personnes innocentes qui auraient eu la mauvaise idée de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment.
Et évidemment, tous ceux qui soutiennent ces choses-là ont eux aussi forcément tors…

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