Sainte Dévote, priez pour nous

Aujourd’hui mon cher lecteur, est dans mon pays un jour que l’on pourrait qualifier de férié. Oui, c’est vrai, je suis actuellement chez moi, avec Babounette, regardant la télé et tapotant sur mon blog. Mais c’est pas parce qu’en ce jour je glandouille qu’il n’en n’est pas moins un saint jour pour autant.
Aujourd’hui nous fêtons Sainte Dévote, la sainte patronne de Monaco, martyre catholique de l’ère romaine, échouée au valon des Gaumates il y a fort fort longtemps.
Ce qui va suivre est un texte « de jeunesse », avec ses qualités et ses défauts, écrit il y a 8 ans pour une grande fresque historique sur Monaco qui verra le jour, un jour… Cette adaptation de la légende de Sainte Dévote a une valeur historique probablement proche du rien du tout. Je m’excuse même auprès des puristes puritains qui pourraient être choqué par la teneur de certains passages.
Sainte Dévote, priez pour nous !

Cyrilus est un pécheur corse.
Son taf, c’est de prendre son bateau, de lancer son filet et de ramener du poisson pour nourrir les siens.
Mais là aujourd’hui, c’est son jour de congé, sa mère étant en train de recoudre son filet troué. Il a donc passé sa journée à jouer à l’Harpastum sur la plage avec ses amis, jeu dans lequel il excelle puisqu’il est le seul à maîtriser la boulle de foin avec les pieds alors que les autres ont du mal ne serais-ce qu’avec les mains. Et bien souvent, ses shoots faisant la différence, il est célébré héros de la journée, et couvert de cervoise et de limoncello.
Ce fut encore le cas aujourd’hui… Comme d’habitude, Cyrilus s’engagea à tout boire jusqu’à plus soif.
Ce qu’il fit.
Maintenant, Cyrilus est allongé sur la proue de son bateau, et décuve tant qu’il peut en regardant les étoiles, bercé par les vagues et par les coups que subit son bulbe neurovégétatif suite à ce que l’on appelle : la gueule de bois.

Mais tout à coup, son bateau se mit à bouger, et un choc sourd ébranla sa tête fragile. C’était Mikaelus, son frère jumeau qui s’amenait avec d’autres personnes qui portaient un lourd paquet.
Mikaelus, c’était tout le contraire de Cyrilus. Sobre, discret, sérieux, il avait tout d’un moine, bien que ce ne fût pas encore l’époque. Il s’était récemment entiché d’un groupe de personnes que l’on appelait les « Chrétiens » et qui tentaient désespérément de fuir la répression du gouverneur de l’île, l’ignoble Barbarus qui avait d’ailleurs torturé à mort une jeune fille dans la journée, uniquement parce qu’elle refusait de se prosterner devant les idoles romaines.
Mikaelus demanda à son frère de faire le plus grand silence, pendant que les hommes chargeaient un corps inerte sur son bateau.
Diable (si je puis me permettre devant une sainte martyre chrétienne), c’était justement la torturée de la journée, cette Dévota qui devait être brûlé le lendemain. Et Mikaelus venait, à l’aide de deux autres gaillards, de chouraver la dépouille de la pauvre fille pour l’emmener loin de Corse afin de l’enterrer selon les us catholiques pour qu’elle puisse recevoir la paix éternelle.
Cyrilus, chlass de chez chlass, laissa faire et ne renauda pas. De toute façon, contre la gueule de bois, il n’avait qu’un remède : prendre la mer, il avait besoin de s’offrir cet horizon afin de s’aérer l’esprit et se calmer les neurones. Une petite balade en famille était donc la bienvenue.

Malheureusement, la balade tourna cour.
Ils mirent le cap sur l’Afrique. Cependant, n’ayant pas consulté le bulletin météo de Sébastien Folinus avant de partir, ils tombèrent nez à proue avec une formidable tempête. Mikaelus s’accrocha à la dépouille de la défunte pour ne pas qu’elle s’en aille, tandis que Cyrilus perdait le contrôle de son navire, se désintéressant totalement de son gouvernail, restant debout, stoïque, au milieu du pont avant de son bateau, désemparé par la violence de l’intempérie.
L’alcool ajouté au vent et à la pluie faisait un effet ravageur sur ce pauvre bateau qui tanguait et dérivait de façon dangereuse.
Les hommes de Mikaelus tombèrent à l’eau, emportés par la tempête, tandis que ce dernier vomissait tout son pain.
Cyrilus quant à lui, restait inflexible, avançant pas à pas vers la pointe avant de son bateau. Il ne vomissait pas, puisqu’il avait déjà tout dégobillé dans la soirée, la cervoise aidant…
Il y parvint au bout d’un long quart d’heure d’effort.
Il se mit debout, les bras en croix, face à l’onde déchaînée. La pluie cinglait son visage, et le vent faisait tanguer sa posture délicate.
Et tout à coup, il s’écria « JE SUIS LE ROI DU MOOOOOOOOONDE !!!!! »

Ce cri fit relever la tête de Mikaelus, qui aperçut à la lumière d’un éclair, une croix, symbole du christianisme, en tête du bateau. Tout espoir n’était donc pas perdu, puisque Dieu semblait être avec lui.
Une vague terrible frappa le bateau, et Cyrilus fut projeté en arrière.
Le bateau continua sa route dans le noir, vaille que vaille.
Sous les coups du vent, la bôme se mit à valdinguer librement, envoyant à dame tout ce qui se trouvait dans sa rotation. Et alors que Cyrilus se relevait péniblement, sa caboche se trouva pile sur le chemin de ce bras perpendiculaire au mat… bing !

Cyrilus était allongé, face au ciel, sur le pont de son bateau. Le coup qu’il venait de prendre lui faisait voir trente-six chandelles, et plus si affinité.
Il était là, prostré sur son pont, regardant les yeux dans les yeux la pluie qui lui tombait sur le visage.
Sa tête tournait de plus en plus. Entre le choc et le limoncello, ses neurones s’étaient déconnectés et il se mit à divaguer. Combien de temps cela dura, nul ne le sait, mais il était là, seul, face à la pluie, sur son bateau dérivant dans le vent.
Son frère ne bougeait pas, allongé qu’il était contre la défunte, luttant pour ne pas tomber à l’eau.

Tout à coup, Cyrilus se leva.
Plus rien n’existait autour de lui, ni le vent, ni les vagues, ni la tempête…
Il avait vu la lumière.
Oui, c’est ça la lumière. Il tendit comme un string la voile de son bateau à s’en péter le mat. Il se rua sur son gouvernail, mis cap à l’est, non au sud, enfin bref, difficile de savoir où il mit cap, mais il y alla, tout plein d’entrain, tentant de lutter contre les flots déchaînés.
Il avait la motivation, mieux, la foi !

Et il vogua… Plus il avançait, plus il avançait ! Car le vent perdait de sa force, les vagues de leur rudesse, la pluie de ses cordes…
Si bien qu’au bout de quelques heures, il se retrouva sur une mer d’huile, sans un poil de vent, à faire du sur place… un comble !
Il se mit donc à ramer, et après avoir vaincu les démons de minuit, il rama ainsi, jusqu’au bout de la nuit…

Et alors que le soleil pointait son nez, il se retrouva face à face… avec la terre !
Oui, la terre. Une terre qui n’était pas africaine, mais qui était néanmoins salvatrice.
Ils accostèrent dans ce qui s’appellera plus tard, le vallon des Gaumates. Ils firent honneur une dernière fois à la sainte martyre par un enterrement frugal, mais chargé de symboles. Ils construisirent une chapelle au fond du vallon, afin d’abriter les reliques de Dévota, qui allait devenir la sainte patronne du petit port de pécheurs qui se trouvait à côté : Port Hercule, qui deviendra plus tard Monaco.

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