Il était une fois, en juin 2010…

Ça fait plusieurs jours que l’on attend et que l’on trépigne. La petite est bien au fond de son cocon et ne souhaite pas en sortir. Dommage, elle serait née une semaine plus tôt, j’aurai pu gratter un mois d’alloc logement.
La veille, Madame est partie faire une longue balade au bord de mer, histoire de voir si l’air marin pouvait forcer le polichinelle à se décapsuler du tiroir. Que nenni…

Je rentre du boulot le soir et saute dans un futal plus apte à la balade que mon costard cravate dans lequel j’ai transpiré toute la journée.
Chérie m’annonce qu’elle se sent toute chose. Elle me dit que le bouchon à sauté, et qu’elle pense bientôt perdre les eaux. On part pour la maternité, histoire de faire un simple contrôle. Pas affolé, je mémorise la durée du trajet jusqu’à l’hosto, en cas où tout à l’heure, j’ai à refaire la scène d’ouverture de Taxi dans les rues de la Principauté.

On arrive, 19h30, pour un monitoring. La stagiaire préposée à l’ouvrage tripote la machine en essayant de comprendre comment ça marche.
Une dizaine de minutes et deux bâtonnets de surimi (soit l’intégralité de mon repas) plus tard, la chef de garde pour la night nous rend visite, s’ensuit une batterie de test avant que le verdict tombe : « vous restez la, le travail a commencé »
Trois SMS et une enclume sur la caboche plus tard, nous voilà déambulant dans les couloirs, en attendant que la salle de travail soit ready. Premières petites contractions, et je retrouve ma chérie en train de faire des exercices de gym pour faire passer ce mauvais moment.
Et pendant ce temps la, moi, je subis un peu la chose. Après avoir alerté la famille et le boulot de l’imminence de l’impact, je ne peux que suivre le mouvement, tel un boulet que l’on traine dans les couloirs, puis dans la salle d’accouchement.

Cette petite salle, on va avoir 8 heures pour l’explorer, en long, en large et en travers. Les infirmières, aide soignants, sages femmes, c’est un carnaval qui défile pour s’occuper de la sortie de ma héritière. Et moi pendant ce temps la… J’attends je regarde, je lis… Prévoyant, j’ai embarqué un bouquin, un San Antonio bien sur. Car si ne pas manger ne m’effraie pas, l’oisiveté me tue. J’ai tendance à béquiller de la pendarde des que je tombe dans la glandouille. Mon cerveau s’oxyde et ma raison flanche (déjà qu’il n’y en a pas beaucoup). Alors oui, plus tard à ma fille je pourrais lui dire : le jour ou tu es née, j’ai lu « ca sent le sapin » de San Antonio…
Le temps passe, et plus les contractions se font rapprochées et virulentes. Et plus mon inutilité me pète à la figure. Par ce que bon, quand tu as ta femme qui souffre et que le seul truc que tu peux faire, c’est lui prendre lilloisement la main et dire « t’inquiète chérie ca va passer », ou « t’inquiète chérie le toubib arrive… « , Tu te sens inutile.
Un peu d’action quand même : on me fou dehors pour poser la péridurale. J’en profite pour faire le tour du bâtiment, prendre l’air et les messages sur mon téléphone, tout en cherchant s’il n’y a pas l’âme d’une machine à café qui vive…

Apres m’être assuré que les deux futures grandes mères vont bien faire nuit blanche à guetter leur portable, et surtout, après un café dégueu et deux biscuits au soja, me voilà de retour dans la salle de travail. L’anesthésiste revient pour « doser » la péridurale, et tente de discuter foot, me voyant avec mon maillot blanc de Puygrenier. Cet intermède sera bref, vu qu’un autre personne dans la salle d’à cote à besoin de ses bons offices.
Le temps passe. Nous basculons sur le 4 juin… J’ai déjà mangé les 3/4 de mon bouquin. Madame rame avec son anesthésie, un coup trop dosée, un coup pas assez, un coup elle a mal, un coup elle sent plus rien, un coup elle vomit. Et moi je brille par mon inutilité. Encore.
Sur le coup des une plombe du mat, la sage femme vient nous annoncer la nouvelle : le col est ouvert, on va pouvoir aller skier ! Enfin c’est surtout la petite qui va pouvoir entamer sa descente.

Malheureusement, malgré les poussées un peu désorganisées, poupette n’avance pas. Ça dure, ça dure… ma chérie souffre, et moi… Je lui tiens la main. Et je la regarde souffrir… J’essai de souffrir par empathie. Pas sur que je sois super crédible.
Le pédiatre de garde a été tiré de son lit. Il a encore l’oreiller sur la tête. Il s’habille, se lave les mains, enfile un machin, fait un truc… Bref j’ai l’impression que ça prend des plombes.
Pendant ce temps la, la petite n’avance pas d’un poil.
Pendant ce temps là, je me suis mis non loin de la tête de ma Madame, si bien que je ne vois absolument pas ce qui se trame. Ca trifouille, ca enfonce des machins bizarre, ca discute… Comme je ne parle pas bien le toubib, j’ai du mal à suivre. Je comprends que c’est le cordon qui coince, qu’elle a du mal à descendre à cause de cela.
Ma chérie pousse, la clique en blouse s’affaire et moi je suis un spectateur passif. Elle a mal, très mal, si j’en juge par les rictus pas joli à voir qui lui zèbrent le visage, et par la bordée d’insulte qu’elle balance de façon continue…
Et puis d’un coup, hop, le toubib pose un paquet de deux kilos sur le ventre de sa mère. Ma fille. Notre fille. Il est 1h50 et on est officiellement parents.

Je ne comprenais déjà pas grand chose, mais là ça part dans tous les sens. Dix minutes, peut être un quart d’heure, plus tard, une des infirmières me colle le paquet, joliment emmitouflé dans une couverture rose. Ma fille, je tiens ma fille dans les bras. Ma fille. Elle a les yeux ouverts et me tire la langue. Grand grand moment. J’ai coutume de dire que la langue française est rudement pratique, car quand on ne trouve pas un mot, il suffit de l’inventer. Mais là, même en inventant des mots, je ne saurai comment décrire ce moment là. C’est à vivre, pas à écrire…
Combien de temps ça dure ? Aucune idée… 5 minutes, une éternité. Je ne sais pas. Le premier contact, le premier tête à tête avec ma fille est simplement magique.
Pendant ce temps là, les toubibs s’affairent à recoudre Madame, passablement déchirée par la sortie à la cuillère de la petiote. Puis je lui tends le petit paquet, toujours aussi calme, et je prends la porte, histoire de prendre l’air !
Quelques pas dans le couloir, puis accroupi, adossé contre le mur, je prends par vague tout ce qui s’est passé ce soir. Et je ne sais pas si c’est le manque de nourriture consistante dans mon estomac, le tout mixé avec le stress et les émotions de la soirée, mais alors que je faisais le point avec mes orteils, tout s’est mis à tourner autour de moi.
Quand j’ai repris pied, je me suis rendu compte que comme un con, j’étais en train de chialer.
De retour dans la salle d’accouchement. On doit attendre que l’anesthésie ne fasse plus effet. C’est long… La petite est calme, on s’observe, chacun se demandant dans quoi il est tombé. Pas de pleurs, pas de cris, juste un tirage de langue. Je prends quelques photos depuis mon iphone, et envoi le tout aux grands-mères, histoire qu’elles puissent dormir un peu. Sur ces entrefaites, la batterie part faire un somme elle aussi.

Puis Madame et la petite sont installés sur un lit, direction la chambre. J’accompagne mes deux amoureuses. La petite va aller dormir dans une salle spéciale, tandis que moi, je suis foutu dehors par l’infirmière… Il est 4 plombes du mat déjà bien sonnées et il est temps pour tout le monde de dormir du sommeil des gens fatigues !
Moi y compris, même si ma première nuit de papa ne durera que deux petites heures… Des prémisses de ce qui va se passer plus tard ? Je ne l’espère pas !

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